Love and hate are such strong words, they also cause so much pain.
 
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 « You're all I want, you're all I need, you're everything... » ღ [Loriân de Louvière]

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Pénélope D. de Louvière

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MessageSujet: « You're all I want, you're all I need, you're everything... » ღ [Loriân de Louvière]   Mar 11 Nov - 2:15

Mardi 11 mars 2014, 23:05


Pénélope Daphné Gallianis & Loriân De Louvière.

♫ Everything - Lifehouse ♫


La nuit disparaît, laissant place aux premières lueurs de l’aube, timides rayons de soleil qui finissent par envahir le ciel assombri de la capitale anglaise. Londres commence légèrement à s’illuminer, sous un ciel bleu mais glacé du mois de mars. Les yeux grands ouverts dans l’obscurité encore présente, rougis de larmes, une jeune fille ne dort pas. Eveillée depuis plusieurs heures, elle n’a pas bougé d’un iota, après une nuit pour le moins agitée. Elle s’est retournée plusieurs fois pourtant, tentant de trouver un sommeil qui ne viendrait pas. L’évidence a fini par s’imposer voilà quelques heures : elle ne dormirait pas. A peine quelques instant d’assoupissement un peu plus tôt, bien maigre repos qui ne l’aidera sans doute pas à passer une bonne journée. Mais qu’importe. Aucune importance… C’est bien le cadet des soucis de Pénélope Daphné Gallianis, qui n’a pas pu fermer l’œil de la nuit à cause d’un prénom. Un prénom attaché à une personne, des paroles, une situation complexe, un passé épineux… Rares sont les moments où Loriân de Louvière quitte son esprit, de toute manière. Le garçon, Serdaigle de son année, est profondément enraciné dans son cœur et dans sa tête, et ce quoiqu’elle fasse. Déjà cinq ans et demi que cela dure… Pénélope a peu d’espoir que les choses changent d’ici la fin de sa septième année, surtout après leur discussion d’hier. Et même celle de Noël, la dernière avant. Elle a tenté de le détester, de le haïr, même ; cela n’a pas fonctionné. L’oublier avec un autre garçon, sans doute parmi les plus beaux de l’école, et aussi les plus gentils, Sirius Black ; pas de succès là encore. D’autant plus que le Gryffondor est finalement devenu un de ses meilleurs amis, preuve de l’avenir d’une quelconque romance entre eux. Et voilà qu’elle se retrouve toujours aussi follement amoureuse de Loriân, sans pouvoir rien y changer.

Il faut dire que le garçon ne l’y aide pas… Ses paroles lui reviennent en tête, datant de la veille à peine, et encore, quelques heures, puisqu’ils se sont quittés à minuit. « Je t’aime, Pénélope… » La jeune fille presse immédiatement les paupières, toujours allongée dans son lit. Elle refuse de penser encore à ça ; c’est fini, c’est passé, c’est faux. Loriân a menti… Elle refuse d’envisager la véracité d’une telle déclaration. Pénélope finit par se positionner sur le flanc, dans un bruissement de draps, redressant la tête en appui sur un coude pour observer le reste de la chambrée. Victoria Azarov, sa cousine, et Pandora Lockhart, la meilleure amie de la Russe, dorment encore, leurs respirations régulières se perdant dans le calme ambiant. Pourquoi ne trouveraient-elles pas le sommeil, après tout ? Elles ont passé une excellente journée, une soirée tout aussi agréable, pas perturbée par un garçon aux paroles plutôt destructrices… Pénélope soupire malgré elle, et se fige aussitôt, craignant de réveiller ses camarades. Mais non, pas même un mouvement ne se manifeste de leur part. La Serdaigle retient un nouveau soupir, de soulagement cette fois, et décide de se lever, le plus silencieusement possible. Avec moult précautions, elle se glisse hors de son lit, rejetant la couette au loin, posant les deux pieds par terre, arrachant un grincement au plancher. Pénélope s’avance à pas de loups dans la chambre, regrettant que son lit soit le plus éloigné de la porte. En chaussons, elle attrape son pull posé sur la chaise près de la fenêtre, et l’enfile par-dessus sa chemise de nuit en soie crème, lui arrivant aux genoux. Récupérant nécessaire de toilette et la tenue préparée la veille, elle profite que l’étage des filles à l’auberge de jeunesse soit silencieux pour prendre la salle de bain la première. Les douches sont communes à l’auberge, et si cela ne dérange pas la jeune fille plus que ça, elle préfère tout de même être tranquille pour prendre une douche et se préparer, matin comme soir. Bien que parfaitement éveillée – et pour cause, on ne peut pas vraiment dire qu’elle se soit réellement endormie -, Pénélope passe quelques instants sous la douche, rapidement, tremblante sous l’eau pourtant brûlante. Lorsqu’elle en sort, un coup d’œil à la pendule accroché au mur lui apprend qu’il est presque sept heures. Le lever étant fixé à huit heures, tout le monde dort encore… La jeune fille prend un peu plus de temps que d’habitude pour se préparer. Elle s’habille sans se précipiter : chemise blanche, sous une robe noire à bretelles larges, qui descend un peu au-dessus du genou, lui donnant une allure un peur vintage. Collants noirs et ses bottines noires à talon qu’elle ne met pratiquement jamais. La visite du jour est au zoo de Londres, à Regent Park, mais ce n’est certainement pas pour les chimpanzés et les girafes qu’elle s’apprête ainsi. En effet, son père, Daniel Stanton, lui a envoyé quelques jours avant le départ du voyage une missive, la prévenant qu’il passerait la récupérer pour déjeuner aujourd’hui vers midi. Etant Langue-de-plomb, il dispose de peu de temps libre, et vu que sa fille unique passe la majorité de l’année à Poudlard, les occasions de se voir sont rares. C’est ainsi que la jeune fille a obtenu une autorisation exceptionnelle de quitter la visite à midi au lieu de treize heures, afin de disposer d’un peu de temps pour déjeuner avec son paternel. Pénélope s’en réjouit ; après les évènements d’hier soir, cela ne pourra que lui changer les idées.
Un trait d’eye liner, un peu de mascara et de quoi parfaire son teint, et ça y’est, elle est prête. Adonis, son mentor, donnera sans doute son approbation tout à l’heure, lorsqu’il la verra au petit-déjeuner, mais Pénélope est satisfaite d’avoir pu trouver parmi ses nouveaux vêtements une allure qui conserve à la fois son élégance et sa sobriété habituelles, mais lui confère en même temps un certain style. Lorsqu’elle sort de la salle de bain, les plus matinales commencent à se réveiller, et lui lancent des regards effarés encore un peu ensommeillés, de la voir déjà prête. Pénélope leur sourit timidement avant de retourner dans sa chambre où Victoria et Pandora dorment toujours comme des loirs. Elle dépose ses affaires, récupère un livre de métamorphose qu’elle a emporté avant de descendre dans le salon de l’auberge, un étage plus bas, déjà plus peuplé à cette heure, mais de quelques moldus qu’elle salue d’un léger sourire, la majorité des occupants de l’auberge étant les élèves de Poudlard pendant ces trois jours. La jeune fille prend place dans un fauteuil confortable, et se plonge dans la lecture du livre, ayant une heure et demie à tuer devant elle avant l’arrivée de ses camarades pour le petit-déjeuner, fixé à neuf heures. Les lignes défilent sous ses yeux, mais la Serdaigle n’y prend pas attention, concentrée sur autre chose. Quelqu’un plutôt, qui précisément n’a rien à voir avec la métamorphose… Sauf un devoir sur les animagus, réalisé en commun l’année précédente. Sans qu’elle n’y prenne garde, ses yeux se détachent du livre, et se perdent dans les braises du feu de cheminée qui crépite doucement en face d’elle. Pénélope observe le feu sans le voir, songeant encore à Loriân.
Elle l’aime depuis si longtemps, à présent… Depuis que leurs regards se sont croisés pour la première fois, dans la salle commune des Serdaigles, le soir de la Répartition. Sentiment inexplicable qui s’est emparé de la petite fille qu’elle était alors, et qui est demeuré, bien profondément enraciné. Au fond, tout au fond, son cœur reste empreint de l’idée que Loriân est son âme sœur, le seul avec qui elle doit être, son seul amour. Il est à tout le moins son premier amour. Elle n’a jamais connu les amourettes qui sont pourtant souvent celles des enfants ; mais à onze ans, elle est tombée irrémédiablement amoureuse. Cela compense sans doute un petit peu l’absence d’amour enfantin. Certes, il y a eu Andrew, depuis le bac à sable et même avant, mais elle n’a jamais éprouvé à son égard autre chose que de l’amitié, contrairement à lui. Loriân est demeuré son unique amour, les années passant, et ce alors que leurs deux natures profondément opposées auraient dû la conduire à se détourner de lui, le fuir au possible. Le garçon s’est montré méchant, sans cœur, impitoyable et méprisant, tout l’inverse d’elle, gentille, la douceur incarnée. L’Amour rend réellement aveugle, puisqu’elle a passé toutes ces années à lui chercher des excuses, justifier des comportements manifestement odieux et insusceptibles d’être rachetés. Pénélope s’est évertuée à voir du bon en lui là où tout le monde ne voyait que du mauvais. Jusqu’à ce qu’il finisse par s’en prendre à elle personnellement, presque deux ans plus tôt, en l’humiliant devant toute l’école.

La jeune fille repense aux excuses du Serdaigle à ce sujet, la veille au soir… En retard, sans doute aucun, mais pourtant sincères ; elle ne le met pas en doute. La discussion qu’ils ont eue sur le Battersea Bridge à peine quelques heures plus tôt lui paraît toujours aussi peu réelle, comme faisant partie d’un autre univers, d’un autre temps. Il est impossible qu’ils aient pu parler ainsi, à cœur ouvert. Enfin, pas tout à fait, puisqu’elle n’a pas avoué l’aimer toujours, même si elle lui en a déjà fait l’aveu à Noël, lors de leur précédente discussion. Curieuse relation que la leur, faite de rencontres espacées dans le temps, paroles pleines de sous-entendus et d’immenses non-dits, statu quo infini… Pénélope se demande s’ils en sortiront un jour, mais elle est trop sous le choc de la déclaration de Loriân pour envisager une quelconque solution. Il a dit l’aimer… L’aimer, comme dans amour. Connait-il seulement le sens de ce mot ? Pénélope est tentée de se poser la question, bouleversée par l’aveu du garçon. Oui, il a changé, il n’est plus le manipulateur et excellent comédien qu’il a montré si longtemps. Mais de là à être tombé amoureux d’elle, la sang-mêlée dont il s’est tant moqué auparavant… Pénélope n’arrive toujours pas à y croire. Seulement, sa propre réaction envahit de plus en plus son esprit, et si sur le moment, elle lui a semblé parfaitement logique et fondée, avec du recul elle a l’impression de s’être laissée emporter par ses sentiments, l’empêchant de se concentrer sur le réel message de Loriân. Sous un jour nouveau, la situation de la veille lui apparait maintenant différente, porteuse d’un sens qu’elle n’avait pas vu sur le moment. Et si Loriân avait été réellement sincère ? Et s’il pensait sincèrement l’aimer ?

La jeune fille empêche les interrogations de s’infiltrer davantage en elle, mais elle est désormais la proie d’un doute grandissant, qui lui laisse un goût amer dans la bouche. Elle finit par fermer le livre de métamorphose, et le poser sur la table basse en face. Le livre a l’apparence d’un roman moldu, elle a pris soin de camoufler la couverture avant de quitter Poudlard. Sentant qu’elle ne va réussir à en lire un mot de plus, elle le délaisse ; à la place, elle enfonce sa tête dans le fauteuil, et ferme les yeux. Aussitôt, le visage de Loriân apparait. Elle le connait si bien qu’elle arrive à le redessiner mentalement dans son esprit ; chacun de ses traits, l’éclat de son regard, la forme de son sourire… Elle a passé un temps infini à l’observer à la dérobée, depuis cinq ans et demi, avec la plus grande discrétion possible, évidemment. Mais de fait, Loriân n’a jamais quitté ses pensées, même pas lors des deux mois d’été annuels où elle ne faisait qu’attendre avec impatience le moment où ils se reverraient, et ce bien que le garçon l’ignore la majeure partie du temps. Elle revoit son regard gris perçant, changer d’éclat selon la luminosité, selon ses humeurs… S’assombrir lors de ses colères, s’éclairer avec ses sourires, même mauvais. Les cheveux bruns qu’il laisse pousser maintenant, qui descendent légèrement sur sa joue, qu’elle rêverait d’effleurer. Et ses lèvres, fines et masculines, qu’elle a sans doute trop regardé par le passé, et même encore aujourd’hui, laissant ses yeux s’attarder dessus, espérant secrètement pouvoir l’embrasser, unir ses lèvres aux siennes dans un tendre baiser.
Ces pensées sont chassées de son esprit par le bruit de pas dans les escaliers. Les premières élèves commencent à descendre. Pénélope se rend compte avec effarement que plus d’une heure s’est écoulée depuis qu’elle s’est installée dans le salon ; il est à présent neuf heures moins le quart. Elle n’a fait que penser à Loriân… La jeune fille finit par se lever, et rejoindre les autres à table. La salle à manger de l’auberge se remplit peu à peu, et elle ne tarde pas à apercevoir Victoria et Pandora, habillées et fin prêtes, à qui elle adresse un sourire avant qu’elles n’aillent s’installer avec d’autres amies. Kate et Andrew descendent ensemble, se chamaillant, comme souvent, et sa meilleure amie s’avance vers elle, l’étreignant comme chaque matin avant de s’asseoir à côté d’elle. Katherine est un véritable rayon de soleil, comme toujours, mais son sourire joyeux habituel s’évanouit toutefois presque immédiatement en observant Pénélope. Aussitôt, son regard devient inquiet et toute trace d’enjouement retombe.

« Penny ? »

Un mot, un seul. Pénélope se mord la lèvre et détourne les yeux, sous les deux regards affolés cette fois de Kate et Andrew. Ils la connaissent trop bien… La jeune fille, comme toujours, n’a pas la force de leur mentir. Et c’est sous leur oreille attentive qu’elle déballe les évènements de la veille, chuchotant pour ne pas que les autres assis aux tables voisines ne les entende, cachant le bleu-vert assombri et un peu plus brillant que d’ordinaire derrière ses longs cheveux blonds. Elle ne regarde aucun de ses deux meilleurs amis pendant tout son monologue, et ce n’est qu’après avoir terminé l’histoire, soit elle quittant Loriân brusquement sur le Battersea Bridge avant de s’engouffrer dans le premier taxi passant, qu’elle se tait enfin, et ose les regarder. Leurs expressions sont mitigées : une lueur de colère brille dans les yeux de Kate, tandis que le choc domine les traits d’Andrew. Pénélope grignote un morceau de pain en attendant qu’ils parlent, calme aussitôt leurs ardeurs à peine se sont-ils exprimés. Evidemment, ils en veulent tous les deux à Loriân, et Andrew, d’ordinaire si pacifiste, semble bien décider à se venger du garçon d’avoir à nouveau joué avec ses sentiments. C’est avec toutes les peines du monde que Pénélope arrive à esquisser un sourire, prétendant que tout va bien, mais ils ne la croient aps. Elle les conjure de ne rien faire, de laisser le temps passer, mais Loriân, assis à l’autre bout de la pièce, reçoit tout de même deux regards meurtriers de la part des Serdaigles qu’il apprécie sans doute le moins. Tout à son récit, Pénélope n’a pas remarqué son arrivée dans la salle à manger, et son cœur s’arrête une seconde, avant de redémarrer dans une folle embardée, en remarquant qu’il est là, toujours aussi beau et élégant, a fortiori hors de l’uniforme scolaire. Le bleu-vert accroche le gris un court instant, mais Pénélope baisse brutalement les yeux sur son assiette, contenant toujours ses œufs brouillés auxquels elle n’a pas touché, et son thé à la verveine à peine entamé. Sous les recommandations, ou plutôt ordres de ses meilleurs amis, la sixième année se décide à boire son thé, pourtant sa boisson préférée, et s’empresse de se lever de table pour remonter à l’étage avant que Loriân ait fini de petit-déjeuner. Elle souhaite à tout prix l’éviter… Elle craint qu’il ne veuille lui parler à nouveau, mais d’un autre côté, son attitude d’hier soir a sans doute été assez convaincante pour qu’il décide de ne plus lui adresser la parole. Pénélope sent les larmes lui monter aux yeux tandis qu’elle gravit les marches des escaliers déserts, étant une des premières à quitter la table. Elle s’enferme dans sa chambre, claquant la porte derrière avant de se laisser glisser tout le long de celle-ci, tremblant légèrement. Passant ses bras autour d’elle, elle se mord la lèvre mais quelques larmes réussissent quand même à tracer leur chemin sur ses joues. Elle n’en peut plus de cette situation, de cet amour si puissant qu’elle ressent pour Loriân et qui ne cesse de la blesser davantage chaque jour. Elle souffre trop…

Quelques minutes plus tard, Pénélope trouve la force de se relever, effaçant les traces de larmes. Elle observe l’étendue des dégâts dans le miroir de pied placé dans un coin de la chambre, se remaquille un peu et bientôt, on n’y voit plus que du feu. Enfin, son regard bleu-vert trop expressif à son goût masque sans doute peu la vérité. Et nul doute que son moment de faiblesse ne passera pas inaperçu auprès de ceux qui la connaissent vraiment bien… Tant pis, c’est le mieux qu’elle puisse faire de toute façon ; elle n’a pas le courage de prétendre que tout va bien, cela n’a jamais été son fort. La jeune fille réunit ses affaires dans son nouveau sac à main, et sort de la pièce au moment où sa cousine et Pandora arrivent. Elle descend en vitesse dans le hall, rejoindre Kate et Andrew qui s’y trouvent déjà. Si Andrew passe la plupart de son temps avec Adèle Vapin, une élève française de l’échange de son année, qu’il a l’air d’apprécier –même un peu plus que ça-, il a l’air déterminé à ne pas lâcher Pénélope aujourd’hui. Et Kate semble du même avis. Ensemble, ils sortent de l’auberge, une fois l’appel effectué et le groupe rassemblé, et Pénélope commence à se dire que peut-être, cette troisième journée dans Londres ne va pas s’avérer aussi atroce qu’elle l’a imaginé.

La visite prévue pour la matinée est celle du zoo de Londres, à Regent Park. Si Pénélope s’était réjouie de voir des animaux sauvages moldus, lorsque le programme du voyage avait été dévoilé, son enthousiasme ne semble plus d’actualité. Perdue dans ses pensées, tournant d’ailleurs toutes autour de Loriân, la mine triste ; la jeune fille reste silencieuse, se contenant de lancer des regards vides aux hippopotames, girafes et pandas. Mêmes les splendides léopards n’attirent pas vraiment son attention ; les fauves n’obtenant d’elle rien d’autre qu’un vague sourire. Finalement, Pénélope délaisse Kate et Andrew quelques minutes pour s’avancer vers l’enclos des chimpanzés. Les singes, bruyants, semblent en pleine forme, malgré l’heure matinale. La jeune fille se plonge dans leur contemplation ; elle en a tellement entendu parler auparavant, ces animaux sont ceux qui se rapprochent le plus de l’Homme, possédant une intelligence extraordinaire. Si captivée qu’elle est, elle n’entend pas Kate et Andrew se rapprocher d’elle. Ce n’est que lorsqu’ils glissent tous les deux les bras autour d’elle qu’elle prend conscience de leur présence. Ils la tiennent serrée entre deux, et la jeune fille repense non sans émotion à leur enfance, cette habitude qu’ils avaient, à chaque fois que l’un d’entre eux était triste, de se serrer très fort tous les trois, de longues minutes. Comme si rien n’allait leur arriver, parce qu’ils étaient ensemble… Pénélope ne tient pas davantage. Non. Elle enfouit sa tête dans l’épaule de Kate, à sa gauche, et cette fois, laisse les larmes couler en silence, en de discrets sanglots. Elle sent Andrew de l’autre côté resserrer son étreinte, posant sa tête contre la sienne, et ils restent de longues minutes ainsi, sans bouger, Kate lui caressant les cheveux doucement.

La jeune fille finit par se redresser, leur offrant un regard humide de remerciement. Elle ne sait pas ce qu’elle ferait sans eux… Qui peut prétendre avoir des meilleurs amis aussi merveilleux, à part peut-être les Maraudeurs ? Elle mesure toute sa chance de les avoir à ses côté, et ils repartent arpenter les différentes allées du zoo, rejoignant bientôt plusieurs autres groupes d’élèves, étant restés un peu à l’écart. Le reste de la visite se déroule plutôt bien, compte tenu des circonstances, et c’est à regret que Pénélope quitte Kate et Andrew peu avant midi, pour aller rejoindre son père qui l’attend à la sortie, non sans avoir prévenu les professeurs, de toute manière déjà alertés par son paternel un mois auparavant. Le temps d’arriver au point de rendez-vous, la jeune fille s’est recomposée une expression joyeuse, sincère cette fois ; elle est réellement heureuse de retrouver son père qu’elle n’a pas vu depuis plus de deux mois. Bien qu’habituée à cette distance, elle est toujours aussi heureuse de revoir ses parents, et un large sourire illumine son visage, à l’identique de celui de son père en la voyant, contrastant avec les larmes de quelques heures plus tôt. Pénélope se moque bien des regards surpris des passants, attendris pour la plupart, et se jette dans les bras de son père, au beau milieu de la rue. Père et fille partent bientôt déjeuner dans une ambiance légère. Bien qu’il ne soit pas son père biologique, Daniel Stanton est pourtant bel et bien son père, l’homme qui l’a élevé, et qui a le plus d’importance pour elle, avec Loriân.

Pénélope se surprend à parler avec enthousiaste, racontant avec moult détails à son père les journées de visites déjà effectuées, les habitudes étranges des moldus à l’auberge de jeunesse, comme celle de téléphoner –très étrange, elle ne s’en remet toujours pas-, la chambre qu’elle partage avec victoria et Pandora. Elle évite soigneusement de mentionner la journée de shopping de la veille à la place de la visite de Saint James Park, et son père, heureusement, ne fait aucune allusion à ce sujet, ne connaissant sans doute pas par cœur le programme du voyage. Ils déjeunent dans un restaurant français affectionné par son père, qui aime s’y rendre de temps en temps quand son emploi du temps le permet. Il s’agit d’une brasserie où tous les serveurs portent un béret et servent du vin rouge comme s’il s’agissait de l’élixir de vie éternelle, vantant ici et là le vin de Bordeaux, de Bourgogne… des noms) consonance française qui ne disent rien à la jeune fille, mais que son père apprécie en connaisseur. Devant la carte des desserts, le regard de la jeune fille se voile légèrement mais elle parvient à le dissimuler, mais elle demande d’une voix légèrement tremblante au serveur venu prendre leur commande, du vacherin. Le dessert préféré de Loriân, bien sûr… Qui est d’ailleurs délicieux, se rend-t-elle vite compte en le dégustant, son père ayant choisi lui un traditionnel moelleux au chocolat. Il était temps qu’elle goûte à ce dessert français typique dont raffole Loriân. L’heure avance rapidement, il est déjà pratiquement quatorze heures trente lorsqu’ils quittent le restaurant, heure du rendez-vous fixé devant Buckingham Palace pour la visite suivante. Le temps est passé trop vite au goût de la jeune fille, qui angoisse un peu à l’idée de faire attendre ses camarades devant le palais. Son père réalise leur retard, lui pourtant si ponctuel d’ordinaire, mais sans doute distrait par sa fille unique, et décide exceptionnellement de transplaner, en plein quartier moldu londonien. Il entraîne Pénélope dans une ruelle un peu à l’écart, et elle attrape sa main, avant qu’ils ne disparaissent tous deux brusquement, sans laisser aucune trace.

Ils réapparaissent quelques instants plus tard devant Buckingham Palace, à une vingtaine de mètres du groupe d’élèves déjà réuni. Pénélope se hâte aux côtés de son père, dont la longue cape noire voltige dans les airs, attirant les regards impressionnés de quelques élèves et des passants moldus. Le transplanage a été trop rapide pour avoir surpris les êtres non dotés de pouvoirs magiques ; Daniel est devenu un expert en la matière avec son métier, la discrétion devant primer sur tout le reste. Pénélope rougit, mal à l’aise en voyant leurs pas se diriger vers M. Slughorn, un des professeurs les plus âgés, qui est d’ailleurs son enseignant en potions. Elle rougit de plus belle encore, sentant les regards des autres peser sur son père et elle. Sans doute se demandent-ils qui est cet homme d’une élégance suprême à ses côtés… Mais son regard devient cette fois totalement paniqué en remarquant que le professeur Slughorn est en train de parler avec un élève… Qui n’est autre que Loriân. Impossible de s’y méprendre, les cheveux bruns un peu longs ne manquent pas, un bon mètre quatre-vingt… Pénélope reconnaitrait sa silhouette entre mille, et à mesure qu’ils s’approchent elle distingue les yeux gris qu’elle aime tant, la longue cicatrice qu’elle aime tout autant car elle fait partie de Loriân elle aussi. La distance se réduit de plus en plus, et Pénélope se force à ne pas observer Loriân à la dérobée, l’ignorant, comme s’il n’existait pas, lorsqu’ils arrivent devant lui et le Professeurs.

« Horace ! » s’exclame aussitôt son père, avec un grand sourire, en tendant sa main gantée au professeur Slughorn, tandis que Pénélope baisse les yeux, les joues en feu. Elle a toujours autant de mal à accepter le fait que son père connaisse la plupart de ses professeurs, pour avoir été sur les bancs de Poudlard en même temps qu’eux… La jeune fille ne dit rien, jetant un discret coup d’œil à Loriân avant de détourner aussitôt les yeux, le cœur battant la chamade. Elle se concentre à la place sur son père et Slughorn, qui échangent des politesses comme deux vieux amis se retrouvant après de longues années. Pénélope n’ose toujours pas dire ou faire quoi que ce soit, attendant que la conversation se termine, mais une phrase de son professeur l’interpelle tout à coup, et elle relève les yeux en hâte :

« Je disais justement à M. de Louvière que nous avions de la chance que le ciel se dégage ainsi, cet après-midi… »

En effet, les nuages semblent voir quitté le ciel, laissant le bleu devenir maître, mais ce n’est pas ce qui frappe la jeune fille. Ses parents savent ce qui s’est passé en quatrième année entre Loriân et elle, pour l’avoir ramassée à la petite cuillère l’été qui a suivi, et ils connaissent a fortiori le nom de famille du garçon. Pénélope voit non sans effroi le lien immédiat effectué par son père, qui tourne la tête vers Loriân, le gratifiant d’un regard bleu aussi froid que la glace :

« M. de Louvière. » dit-il simplement, avec un signe de tête, toujours courtois.

Pénélope n’a que plus hâte encore de s’extirper de cette situation gênante, mais Slughorn semble ravi de s’éparpiller en babillages, comme s’il n’avait pas discuté depuis longtemps et conservé pendant tout ce temps les choses qu’il rêvait de dire. Heureusement, toutefois, l’heure tourne, et les autres professeurs accompagnateurs arrivent, rappelant que la visite est à quinze heures précises. Daniel salue alors le professeur, puis chaleureusement Kate, Andrew et Victoria, sa nièce, s’étant approchés discrètement durant la discussion. Puis il se tourne enfin vers Pénélope, avec un sourire, lui dit :

« Nous nous reverrons en avril, ma chérie. Profite bien du voyage, à bientôt. »

Puis il se penche pour déposer un baiser sur son front, une main sur sa joue, et elle ferme les yeux, un sourire aux lèvres.

« Au revoir, Papa » répond-t-elle, et avec un dernier sourire il se retourne, s’avançant à grandes enjambées dans la rue, retournant sans doute au Ministère. Pénélope reste quelques secondes à le regarder s’éloigner, avant de détourner les yeux, fuyant au plus vite avec Kate et Andrew vers le devant du groupe, ne souhaitant pas rester davantage devant Loriân.

La visite s’avère courte, et Pénélope, revigorée par ce déjeuner avec son père, s’intéresse plus franchement à l’histoire des monarques moldus britanniques. Après une demi-heure d’explications sur l’arbre généalogique de la Maison de Windsor, les élèves sont libérés pour toute une après-midi de quartiers libres. Avec Kate et Andrew, Pénélope part vagabonder dans les rues de Londres, s’arrêtant dans quelques magasins moldus pour acheter des souvenirs, des cadeaux pour ses parents : une théière avec son service pour sa mère, un stylo plume moldu pour son père. Kate et Andrew ne se lassent pas de faire des blagues et parviennent à lui faire retrouver le sourire, et c’est plus joyeuse que Pénélope effectue d’autres emplettes, lunettes de soleil sur le nez, ne voyant pas le reste de l’après-midi défiler. La nuit tombe rapidement, cependant, et le trio rejoint l’auberge comme prévu, avant de ressortir pour dîner. Pénélope n’a pas croisé Loriân depuis la visite de Buckingham Palace, et ne l’aperçoit pas non plus à l’auberge, bien qu’elle se dévisse le cou, cherchant dans l’assistance les cheveux bruns et l’éclat du regard gris si particulier. Mais rien, aucune trace de Loriân nulle part. L’angoisse inscrite au cœur, la jeune fille suit ses meilleurs amis pour le dîner, ne prêtant pas vraiment attention à là où ils vont. Ses pensées sont à mille lieues de là, et Kate et Andrew ne manquent pas de le remarquer, sans toutefois le formuler. Pénélope répond vaguement à leurs interrogations concernant le déjeuner avec son père, écoute avec un minimum d’attention leurs plaisanteries et chamailleries habituelles. Loriân ne quitte pas ses pensées, les paroles de la veille lui reviennent, tournent à nouveau en boucle dans son esprit. Et s’il avait dit la vérité ? Elle l’aime, elle l’aime tellement… Voilà bien longtemps qu’il a cessé de se moquer d’elle à présent, qu’il n’est plus le même garçon que celui qui l’a humiliée publiquement presque deux ans plus tôt, se moquant de son amour pour lui, raillant son romantisme et sa timidité qui selon lui ne le conduiraient jamais à s’intéresser à elle. Il faut croire qu’il a alors menti, s’il est réellement amoureux d’elle à présent. Pénélope sent le trouble s’emparer d’elle ; des tas de questions soulèvent son cœur et elle se sent oppressée, là ; elle n’a qu’envie de retourner à l’auberge, revoir Loriân, et même... Lui parler. Mais elle n’en aura pas le courage ; de toute façon leur discussion de la veille est close, pas besoin d’y revenir. Loriân lui a dit qu’il l’aimait, elle ne l’a pas cru et s’est enfuie ; ils ne se sont pas parlé de la journée, toute tentative de réconciliation entre eux semble donc avortée, échouée. Mais cette idée laisse à Pénélope un goût amer, un regret qu’elle ne parvient pas encore à exprimer.

Lorsqu’ils rentrent à l’auberge, il est déjà vingt-trois heures. Les regards sévères des professeurs les accueillent ; ils savent qu’ils sont à la limite de l’heure fixée ; les derniers à arriver. Pénélope embrasse Kate et Andrew pour leur souhaiter une bonne nuit, leur assure que tout va bien aller, et leur dit à demain. Puis elle se dépêche de monter à l’étage des filles, pour rejoindre sa chambre déserte. Elle se déshabille, enroulant sa serviette de bain qu’elle tient d’une main autour de sa poitrine, son gel douche dans l’autre main. Puis elle sort en hâte, se dirigeant vers les douches communes qu’elle sait inoccupées à cette heure. Le couvre-feu est proche, et les autres filles ont pris leur douche avant de repartir dîner. Elle aurait d’ailleurs dû les imiter mais n’y a pas pensé, trop préoccupée par Loriân. Ayant bien envie de se détendre sous l’eau brûlante, elle s’avance vers la salle de bain lorsque Madeleine Fabre, professeur d’étude des moldus surgit tout à coup, l’informant qu’il n’y a plus d’eau chaude. Devant l’air déconfit de Pénélope, elle explique qu’elle ne peut utiliser la magie pour réparer la douche, l’administration de l’auberge étant déjà au courant de la panne et devant arriver d’un instant à l’autre pour réparer. La professeure, qui est la plus jeune de Poudlard, âgée de même pas une trentaine d’années, sourit à Pénélope, manifestement gênée. Et finit par lui dire précipitamment qu’elle devrait aller prendre sa douche à l’étage des garçons, mais très rapidement, et revenir aussitôt ici après. Pénélope rougit mais acquiesce et remercie le professeur, avant de partir, toujours en serviette de bain, en direction des escaliers. Regardant autour d’elle, craignant de voir débarquer un des garçons, elle monte rapidement au deuxième étage, jusque-là jamais exploré, mais qui ressemble en tous points à celui des filles, avec la salle de bain au même endroit. Pénélope s’y engouffre, soupire de soulagement en la trouvant vide. Evidemment, il est l’heure du couvre-feu maintenant, tous les élèves sont dans leurs chambres ; Victoria et Pandora ont dû rejoindre la leur… La jeune fille laisse tomber sa serviette sur une chaise pour se glisser sous la douche la plus éloignée de la porte. Elle tire le rideau derrière elle et fait couler l’eau brûlante. Elle se détend peu à peu, profitant de ce moment privilégié après une journée plutôt riche en émotions. Son gel douche à la rose parfume bientôt son corps, laissant un délicat effluve dans la salle de bain. La jeune fille repense à Loriân, à son envie de le revoir… Quelques heures seulement se sont écoulés depuis la dernière fois qu’elle l’a aperçu, et pourtant, elle ressent un manque qu’elle ne peut nier. Elle l’aime sincèrement, et bien qu’ils ne se parlent jamais, elle éprouve toujours le besoin de le voir, de s’approcher de lui. De savoir qu’il est là, d’une certaine manière. Loriân… Celui dont elle est amoureuse depuis si longtemps, et qu’elle a rejeté la veille. Le remords l’assaillit brusquement, sévèrement. Pénélope coupe l’eau, sort de la douche, attrapant sa serviette de bain qu’elle enroule autour de sa poitrine, se tournant dos à la porte. Fermant les yeux, elle enlève d’une main son chignon, secouant ses longs cheveux blonds secs qui retombent sur ses épaules dénudées, où vagabondent quelques gouttes d’eau. Mais tout à coup, un bruit se fait entendre ; la poignée de la porte tourne. Pénélope se retourne, paniquée ; et son regard bleu-vert s’écarquille de surprise en reconnaissant Loriân sur le pas de la porte, sans doute aussi surpris qu’elle de la trouver ici.

« Leroy ! » s’exclame-t-elle sans avoir pu se retenir.

Elle rougit brutalement, détournant les yeux, réalisant qu’elle n’est quasiment pas habillée, son corps à peine caché par sa serviette de bain, qui glisse d’ailleurs largement de quelques centimètres sous la surprise. Le tissu s’échappe un peu, laissant apparaître le début de la poitrine de Pénélope, formes généreuses que la jeune fille cherche plutôt à cacher la plupart du temps. Rougissant de plus belle, elle remonte d’une main la serviette à son emplacement initial, espérant que Loriân n’ait rien remarqué. Elle n’ose imaginer ce qu’il est en train de penser à cet instant précis, sans doute choqué de sn attitude ; elle, si coincée et sérieuse, pratiquement nue dans la salle de bain des garçons ? Impossible ! Et pourtant… Même si c’est un tas de circonstances inattendues qui a fait les choses ainsi. Nul doute autrement que Pénélope ne se serait pas rendue ainsi dans la salle de bain réservée aux membres du sexe masculin, contrairement à d’autres filles qu’elle connait qui auraient eu moins de scrupules à agir ainsi, et dans d’autres intérêts que leur toilette… La jeune fille se mord la lèvre, toujours aussi rouge. Leur présence à tous les deux ici prête à confusion, d’autant plus qu’elle n’est pas censée être là. Son cœur bat à toute allure dans sa poitrine tandis qu’elle demeure là, immobile, incapable de bouger.

« Je…. Je suis désolée, j’ai dû… Monter prendre ma douche ici, il… Il n’y avait plus d’eau chaude à l’étage des filles ! » bégaye-t-elle.

Elle se qualifie instantanément de pathétique dans son esprit. Mais le fait est qu’elle est tellement surprise de tomber nez à nez avec lui maintenant et ici, lui à qui elle n’arrête pas de penser depuis la veille, et qu’elle a rêvé de voir toute la journée, qu’elle s’avère incapable de réfléchir et d’agir sensément. Et surtout, incapable de bouger d’un iota. Son regard plongé dans le gris de Loriân, auquel elle pense à chaque instant, Pénélope finit toutefois par baisser les yeux sur ses lèvres, puis noter la présence d’une serviette de bain à son bras. Il comptait prendre une douche… Evidemment. Pourquoi serait-il là maintenant, sinon ?
Cramoisie, Pénélope relève les yeux vers lui et lâche précipitamment, avançant de deux pas vers lui :

« Je suis désolée, je… Je vais te laisser. »

Elle avance encore d’un pas, le cœur tambourinant si fort dans sa poitrine qu’il menace d’exploser. En réalité, elle n’est pas mécontente d’avoir pris sa douche à cet étage ce soir. Cela lui a permis de le voir… Même pour quelques instants seulement. Le bleu-vert s’ancre à nouveau dans le gris, et Pénélope songe à quel point elle aime Loriân, lui et personne d’autre. Il est son seul amour, et malgré tout ce qui s’est passé, elle l’aime encore, désespérément.


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Pénoriân
« Always and forever »
With every kiss, our love is like brand new. And every star up in the sky was made for me and you. Still we both know that the road is long, we know that we will be together because our love is strong. I found the love of a lifetime. A love to last my whole life through... I found the love of a lifetime. Forever in my heart. I found the love. It's you, Loriân.
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Loriân de Louvière

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MessageSujet: Re: « You're all I want, you're all I need, you're everything... » ღ [Loriân de Louvière]   Mar 11 Nov - 2:17

Vendredi 14 mars 2014, 22h26

Spoiler:
 

Deux heures du matin sonnent à l’horloge du hall de l’auberge lorsque Loriân en franchit le seuil, glacé extérieurement et intérieurement. Le veilleur de nuit lui jette un regard torve par-dessus son comptoir mais ne fait aucune remarque. Il l’a certainement reconnu comme étant l’un des élèves résidant dans l’établissement. Le garçon se doute néanmoins qu’il fera son rapport aux professeurs à la première heure le lendemain. Tant pis. Il se moque des réprimandes qu’il pourra s’attirer. Elles ne sont rien à côté de ce qu’il ressent à présent. La conversation qu’il a eue avec Pénélope sur le Battersea Bridge ne cesse de lui tourner dans la tête. Chaque mot, chaque phrase résonnent dans son esprit, avec une acuité presque douloureuse. La conversation n’aurait pas pu plus mal tourner… Il revoit encore le départ de Pénélope, le taxi qui s’éloigne au loin, puis sa course effrénée pour tenter de fuir les évènements, sans que cela l’apaise le moins du monde. Sa détresse, son désespoir sont toujours là. Pour couronner le tout, une pluie fine s’est mise à tomber lorsqu’il s’est enfin décidé à rejoindre l’auberge de jeunesse. Une pluie glacée et pénétrante, qui convient bien à son humeur, qui a coulé dans ses cheveux puis sur son visage comme s’il avait pleuré. Loriân lutte de toutes ses forces pour ne pas céder à ses émotions, pour empêcher l’eau salée des larmes de se mêler à celle plus douce des gouttes glaciales. Pas encore… Il rejoint rapidement le deuxième étage complètement silencieux. Par chance, sa chambre est vide. Adonis doit être avec l’une de ses conquêtes et Rabastan… le Serdaigle préfère ne pas le savoir. L’essentiel est qu’il soit ailleurs ; il ne se sent pas la force de se confronter à lui pour ce soir. Il ôte son manteau trempé d’une main frissonnante ; c’est seulement à ce moment qu’il réalise qu’il tremble vraiment, que tout son corps est parcouru de frissons comme s’il avait de la fièvre. Est-ce lié au froid, à sa course éperdue par de telles températures, à la pluie, aux émotions de la soirée ? Sans doute un peu de tout cela, même si la conversation avec Pénélope est certainement la raison principale de l’état dans lequel il se trouve maintenant. Il faut quelques instants au garçon pour se dire qu’il doit prendre une douche chaude au plus vite s’il veut éviter de se retrouver cloué au lit par un gros rhume ; son esprit est embrumé, tourne à vide, ressasse en permanence ce qui s’est passé deux heures plus tôt et se détache totalement du moment présent. Avec des gestes lents, Loriân attrape machinalement serviette, gel douche et pyjama, puis se dirige vers la salle de bains de l’étage, suffisamment isolée des chambres pour qu’il ne réveille personne, même si cela lui est totalement indifférent. Au moins est-il sûr d’avoir la paix et de ne pas s’attirer de questions gênantes de la part d’un condisciple. Il se déshabille en quelques mouvements, abandonne négligemment ses vêtements sur le carrelage, devant le rideau de la douche.

Il laisse l’eau brûlante couler sur lui, réchauffer lentement ses membres gelés par les températures hivernales, mais elle ne peut rien pour son cœur, qui lui semble figé dans sa poitrine. Mais petit à petit, lentement, les larmes commencent à rouler sur les joues du Serdaigle, qui s’autorise enfin à manifester son chagrin. Il espérait tellement que les choses tourneraient différemment entre Pénélope et lui, qu’elle accepterait de l’écouter… Mais elle ne peut croire à sa sincérité. Elle est loin d’être la seule, mais elle est celle dont le refus de l’écouter le blesse le plus, l’atteint profondément au cœur. Il l’aime tellement, pourtant… Et il a achevé de tout gâcher entre eux ! Il y avait sûrement une meilleure façon de présenter les choses, de les dire…Il n’a pas su trouver les mots pour cela ; c’est de sa faute si tout a dérapé de cette façon. Sa faute… Les larmes continuent de couler tandis que le garçon se maudit de ne pas avoir su mieux parler. Au chagrin se mêlent la colère contre lui-même ainsi qu’un immense sentiment d’impuissance. Les nerfs de Loriân lâchent enfin après toutes les tensions de la soirée, vidant le trop plein d’émotions qu’il éprouvait, sans pour autant le soulager. Le garçon émerge de la douche un long moment plus tard, quelque peu réchauffé mais toujours aussi agité. Les mots de Pénélope lui font toujours aussi mal. « C’est pire que cela. C’est impossible. » ; « Tu ne peux pas m’aimer, Leroy. Parce qu’on ne peut pas tomber amoureux de quelqu’un qu’on a tellement détesté par le passé… ». Détesté ? Cela reste à voir. Loriân se sèche rapidement, enfile son pyjama. Il frissonne. Un coup d’œil dans la glace lui montre ses yeux rougis et il se détourne rapidement pour rejoindre sa chambre. Le garçon se laisse tomber sur son lit. Sa montre indique qu’il est deux heures et demie passées ; il ne reste qu’un peu plus de cinq heures avant l’heure officielle du lever, mais le garçon sait qu’il ne parviendra de toute façon pas à dormir. Il est suffisamment coutumier des insomnies en temps normal pour être conscient qu’il n’a aucune chance de plonger dans le sommeil cette nuit. Tant mieux. Il ne veut pas fuir dans le repos des rêves ; rêves qui auraient de toute façon de grandes chances de se transformer en cauchemars. Le regard fixé sur le plafond de la chambre, sous la couette qui ne lui apporte aucune chaleur, il pense à tout ce qu’il aurait pu dire à Pénélope plus tôt dans la soirée. Il aurait dû s’expliquer, tenter de se justifier, mieux détailler ses sentiments. Lui avouer qu’il l’aime depuis la première année, depuis que leurs regards se sont croisés pour la première fois dans la salle commune, le bleu-vert fascinant de Pénélope capturant son cœur à jamais, alors qu’ils n’avaient que onze ans. Il n’en a pris conscience que récemment, mais c’est devenu évident pour lui. La jeune fille a toujours été présente dans sa vie depuis ce premier soir. Il a toujours tenu compte d’elle, toujours su où elle était, appris énormément de choses sur elle, du nom de son hibou à la taille de sa baguette, des savoirs qui lui paraissent aller de soi mais que seules les personnes les plus proches de Pénélope connaissent. Il l’observait à la dérobée pendant les cours, les repas, dans la salle commune ou à la bibliothèque…et n’a pas cessé. Il revient sans cesse à elle ; il a besoin d’elle, même s’il ne se l’est avoué que récemment. Il a besoin de savoir qu’elle n’est pas loin de lui, qu’il la retrouvera au repas suivant ou au détour d’un couloir. En se plongeant vraiment dans ses souvenirs, le garçon s’est rappelé qu’il pensait également à la jeune fille pendant les vacances d’été. Elle lui manquait, sans qu’il puisse expliquer pourquoi. Il avait envie de la revoir, de retrouver son regard, les sourires qu’elle adresse à ses amis et qu’il aime tant surprendre… À l’époque, il mettait cela sur le compte de la rivalité qu’il créait entre eux en métamorphose. C’était la seule raison qui selon lui pouvait justifier le fait qu’il pense autant à elle –mais, comme il s’en est rendu compte en janvier, cette compétition n’était là que pour se faire remarquer aux yeux de la jeune fille, afin qu’elle lui prête attention. Elle était sa rivale, il devait la battre pour conquérir la meilleure place…ce qu’il n’a jamais réussi à faire, à la grande colère de son père. Mais cette compétition entre eux ne justifiait pas qu’il sache autant de choses sur elle, même si ce n’est que quelques semaines plus tôt qu’il a véritablement compris la vérité de ses sentiments à propos de Pénélope. C’est tard, sans doute, mais jusqu’alors, il s’était toujours refusé à analyser la réalité de ce qu’il ressentait, par crainte de ce qui en ressortirait. Il ne se sentait pas vraiment prêt à assumer ces sentiments, cet amour qu’il fuyait depuis si longtemps.
Aussi étrange que cela puisse paraître, l’humiliation de la quatrième année s’intègre à cet amour caché et pourtant si puissant. Ces derniers temps, Loriân a beaucoup repensé à ses motivations de l’époque, à cette bouffée de haine et de peur qui l’a poussé à briser le cœur de Pénélope aussi cruellement. Il aurait simplement pu l’ignorer, se montrer indifférent ; il en a été incapable. Et le Loriân de seize ans a compris que ce sont ses protections, érigées depuis l’enfance, qui sont entrées en jeu à ce moment. Accepter l’amour de Pénélope, c’était remettre en cause les illusions avec lesquelles il construisait sa vie depuis presque quinze ans, c’était admettre que sa relation avec son père était complètement faussée, construite sur le vent de vains espoirs, c’était balayer presque toute sa vie de façon radicale. Il n’avait pu s’y résoudre, encore persuadé qu’il pouvait gagner l’affection de son père s’il faisait suffisamment d’efforts. À cette époque, il avait sacrifié son amour au rôle qu’il jouait pour Emmeran depuis des années. Ce qu’il n’aurait jamais dû faire, jamais dû accepter, mais il l’a réalisé trop tard, bien trop tard… Le garçon se mord la lèvre. Il aurait dû tout avouer à Pénélope sur le Battersea Bridge, essayer de lui faire comprendre. Et lui montrer que depuis bientôt six ans, son amour pour elle n’a eu de cesse de grandir, qu’il est profondément enraciné dans son cœur, à côté de la conviction qu’il ne cessera jamais. Les pensées et les émotions de Loriân déferlent sur lui. Si seulement il avait été en mesure d’exprimer tout cela à Pénélope…les choses auraient pu être différentes. Seulement, il a encore du mal à parler de ses sentiments, de ce qu’il ressent au fond de lui, tant il a l’habitude de les refouler depuis plus de seize ans. Pour son père, la moindre expression d’une émotion quelconque est une preuve évidente de faiblesse. Il ne tolère pas les larmes, les plaintes, les regrets, ni même les éclats de rire ou les joies trop sincères. Tout doit être contrôlé, maîtrisé, pour ne pas laisser d’emprise aux autres, pour se montrer fort en toutes circonstances. Tout aveu d’une émotion quelconque est preuve d’une nature faible. Loriân s’est efforcé d’appliquer la leçon avec constance, verrouillant tout sentiment au plus profond de lui, présentant au monde un visage qui n’était pas le sien, celui d’un garçon qui ne se laisse toucher et atteindre par rien, toujours moqueur et railleur, qui semble incapable d’aimer. Le contraire de ce qu’il est au profond de lui, son père ne supportant pas sa véritable nature, trop sensible. Et ayant agi de cette façon pendant si longtemps, il lui est plus que difficile à présent de s’ouvrir aux autres, notamment pour ce qui compte le plus pour lui. D’autant que depuis plus d’un an et demi, il n’a personne à qui il pourrait envisager de se confier, de parler de ses problèmes, sans même aller jusqu’à évoquer tous ses sentiments. Il s’est replié sur lui-même, et les mots ne font que le fuir davantage lorsqu’il s’agit de lui. Il est incapable d’exprimer le dixième de ce qu’il ressent, handicap qui lui a fait remettre son masque sur le pont, pour se protéger. Masque fragile et fissuré, cependant, auquel il ne manque pas grand-chose pour s’effondrer véritablement. Masque dont Loriân doit se débarrasser véritablement pour être capable d’exprimer ses sentiments au grand jour ; pour avoir l’espoir de reparler un jour à Pénélope.
Oui, il aurait dû parler de cela, faire tomber toutes ses barrières pour lui montrer l’étendue de sa franchise et de sa sincérité, de son amour. Ou même, se passer de mots pour cela, l’étreindre contre lui, l’embrasser passionnément, en glissant une main dans ses longs cheveux blonds. La peur du rejet l’a retenu, et pourtant, s’il n’avait agi ainsi, peut-être Pénélope aurait-elle cédé… Comment savoir maintenant ?

Loriân se tourne et se retourne dans son lit, repoussant la couette, avant de la rabattre sur lui lorsque le froid de l’aube se fait sentir. Il suit vaguement du regard la course des heures jusqu’au matin, mais ses pensées ne quittent pas un seul instant Pénélope. Trois heures du matin, quatre heures, cinq heures, défilent sans que le Serdaigle ferme les yeux, trop effondré pour cela. Son cœur ne bat que pour Pénélope… Dans ses pensées, il redessine sans cesse le visage tant aimé, les longs cheveux que dorent la lumière, le regard bleu-vert pétillant, les lèvres pulpeuses sur lesquelles il a tant rêvé de poser les siennes, les courbes que laissent entrevoir l’uniforme et sur lesquelles il aimerait mettre sa main… Un sourire amer tord les lèvres du garçon, tandis qu’il rejette ses rêveries. À quoi bon rêver encore de ce qui n’arrivera pas ? Pénélope n’est pas pour lui… Et pourtant, c’est lui qu’elle a avoué aimer en décembre, le lendemain du bal de Noël. Il n’y avait pas à se méprendre sur le sens de ses paroles. Mais qu’en est-il maintenant ? A-t-elle vraiment fait le deuil de toute relation avec lui ? Ou cherche-t-elle plutôt à se protéger par crainte qu’il ne lui tende encore un piège vicieux ? Ce dernier cas lui laisserait un espoir, s’il parvient à la convaincre. Les questions tournent dans l’esprit du garçon. Elle a dit qu’elle oublierait la conversation qu’ils ont eue la veille au soir, qu’elle ferait comme si elle n’avait jamais eu lieu… Mais c’est peut-être un mensonge, autant que le masque qu’il a remis alors qu’il ne ressentait aucun calme. Plus il tourne et retourne la situation dans son esprit, moins elle lui semble claire. Tout s’embrouille, et l’idée qu’il doit lui parler de nouveau émerge finalement. Elle ne veut plus qu’ils aient de conversation…mais peut-être acceptera-t-elle de l’écouter une fois encore. Et il devra tout faire pour la convaincre, ce sera sa dernière chance…

Des portes commencent à claquer le long du couloir. Les plus matinaux des garçons sont en train de se lever, pour profiter au maximum de l’eau chaude des douches, avant que ce ne soit la cohue. Loriân se fait vaguement la remarque qu’il est toujours seul dans la chambre. Ses deux colocataires ont sans doute préféré passer la nuit ailleurs, sage résolution. Le garçon soupire, jette un vague regard par la fenêtre. Le jour se lève sur la grisaille londonienne, reste de la pluie de la nuit. Peut-être le temps s’éclaircira-t-il en cours de journée mais rien n’est moins sûr. On est en Angleterre après tout… Des voix s’élèvent, commencent à s’exclamer, sans doute pour commenter la soirée de la veille selon les activités de chacun. Loriân a moins que tout envie de se lever et de se joindre aux autres, mais il doit faire comme si tout était normal, alors que rien ne l’est. Sa vie est encore plus chamboulée qu’elle ne l’était la veille. À croire que dès qu’il pense construire quelque chose d’à peu près stable, le destin s’amuse à renverser ses efforts d’un geste négligent. Il se lève lentement, se frotte les yeux pour tenter de s’éclaircir les idées. Il se sent toujours un peu fiévreux ; sa nuit d’insomnie n’a pas arrangé les choses mais c’est bien peu à côté de son trouble intérieur. Le garçon attrape au hasard chemise, pull et pantalon en supposant qu’ils doivent s’accorder (il ne prend guère de risque de ce côté-là, la grande majorité de ses vêtements sont dans les mêmes teintes), et enfile le tout. Une main passée dans les cheveux lui suffit pour se coiffer et faire glisser ses mèches sur sa joue gauche, sur la balafre qui le défigure et qu’il hait tant. Il ne fait guère d’effort pour s’apprêter mais il ne peut se déparer de son élégance habituelle, ce qui lui permet de dissimuler en grande partie la mauvaise nuit qu’il a passée. L’étage est redevenu silencieux ; les autres sont sans doute descendus déjeuner. Mieux vaut qu’il soit présent lui aussi, afin de ne pas allonger la liste de ses incartades.

Il quitte la chambre, descend rapidement les deux étages désertés par les élèves pour rejoindre la salle-à-manger bruyante. Conversations et éclats de rire rythment le petit-déjeuner, tandis que certains élèves semblent achever leur nuit au-dessus de leur bol de céréales. Il se faufile discrètement jusqu’à une place livre, assez isolée des autres. Assis comme il l’est, dos au mur, il a une assez bonne vision de l’ensemble de la salle, et il commence aussitôt à chercher Pénélope du regard. Ses yeux gris balaient les tables les unes après les autres, et il ne tarde guère à repérer la jeune fille, assise en compagnie de Kate et Andrew. Rien de surprenant à cela, il s’agit de ses deux meilleurs amis. L’estomac du garçon se serre légèrement à l’idée qu’elle leur raconte ce qui s’est passé la veille au soir. Il préférerait que cette conversation reste entre eux, mais il comprend parfaitement le besoin que peut éprouver Pénélope d’en parler. Lui aussi aimerait bien avoir un ami sur qui se reposer de temps en temps… Il se force à détourner les yeux de la table de Pénélope, se verse un verre de jus de fruits en attrapant un morceau de pain. Il n’a pas faim pourtant. Son regard revient sans cesse vers les trois autres Serdaigles, et c’est ainsi qu’il croise les regards assassins de Kate et Andrew, braqués sur lui. Cela lui confirme que Pénélope leur a raconté les évènements de la soirée. Il n’apprécie guère les deux élèves, surtout Andrew dont il connaît les sentiments pour Pénélope, mais pour cette fois, il se contente de les ignorer. Qu’ils pensent ce qu’ils veulent, il s’en moque. Véritable obsession, son regard glisse de nouveau vers Pénélope…et son cœur accélère brutalement lorsqu’il rencontre soudain le bleu-vert de ses yeux. Contact qui ne dure qu’une brève seconde mais qui suffit à lui remuer l’âme. Si seulement il pouvait l’approcher, lui parler de nouveau… Il espère en avoir l’occasion dans la journée. Sinon, à Poudlard quand ils seront rentrés, mais il préférerait que leur discussion n’ait pas lieu dans le cadre du château. Son esprit commence à envisager les différentes façons dont pourrait tourner cette éventuelle future conversation mais le garçon se secoue. Mieux vaut éviter de se faire trop d’illusions. Si Pénélope le repousse encore, il se retirera définitivement, ne tentera plus de l’approcher et gardera son amour pour lui, en lui souhaitant d’être heureuse. Quant à lui, il ne sait pas vraiment ce qu’il deviendra mais il n’en a que faire. Peu lui importe son avenir s’il n’est pas éclairé par une chevelure dorée et un magnifique regard. Tout à ses pensées moroses, Loriân émiette son pain entre ses doigts sans en prendre une seule bouchée. Tout au plus se contente-t-il d’avaler son verre de jus de fruits. Lorsqu’il regarde de nouveau en direction de la table de la jeune fille, celle-ci n’est plus là, sans doute remontée terminer de se préparer avant le départ pour le zoo. Moyen facile, aussi, de l’éviter. Elle tient visiblement à garder ses distances avec lui, comme si elle voulait l’oublier…

Il ne s’attarde pas au petit-déjeuner, s’arrange pour remonter avant la plupart des élèves afin d’être relativement tranquille dans la salle de bain. Le miroir au-dessus des lavabos lui renvoie l’image d’un garçon au teint pâle, aux yeux cernés par la fatigue. Heureusement, les larmes de la nuit ne sont plus visibles mais il n’apparaît pas dans une forme étincelante. Tant pis ; il se doute bien que personne n’y fera vraiment attention de toute façon. Et de loin, il peut donner l’illusion que tout va bien ; c’est ce qu’il s’efforce de faire depuis des mois, même si aujourd’hui, cela lui paraît beaucoup plus difficile que d’ordinaire. Dur de faire croire que l’on va bien quand on a le cœur brisé… Après avoir attendu quelques minutes, manteau sur les épaules et baguette dans la poche de celui-ci (il n’a pas le droit de s’en servir mais n’envisage pas une seule seconde de mettre un pied dehors sans protection, bien trop conscient du danger que représentent les Mangemorts), Loriân rejoint le groupe sur le point de partir pour le zoo. À quelques mètres se trouvent Pénélope et ses amis, qui ne semblent pas déterminés à la laisser seule une seconde. Le garçon esquisse un sourire amer ; Kate et Andrew ne vont pas lui faciliter la tâche. Mais le groupe se dispersera forcément à un moment ou un autre, et peut-être pourra-t-il tenter sa chance…

Loriân ne connaît pas plus les animaux que les célébrités du monde moldu. S’il est capable de citer le niveau de dangerosité et de détailler les caractéristiques d’un grand nombre de créatures magiques, des plus communes aux plus exotiques, il ignore presque tout de leurs homologues moldus. Son savoir zoologique ne dépasse guère les animaux familiers, s’étend jusqu’aux loups, qui sont l’emblème de sa famille mais ne va pas plus loin. En d’autres temps, la visite l’aurait intéressé mais aujourd’hui, elle a perdu tout attrait à ses yeux. Il voit Pénélope s’éloigner en compagnie de Kate et d’Andrew, se dit qu’il n’a aucune chance pour le moment, et entame un tour solitaire des enclos, davantage destiné à se perdre encore dans ses pensées qu’à admirer les animaux. La grâce sauvage, nonchalante des panthères l’attire quelque peu ; il s’attarde un instant devant l’enclos des loups, avant de reculer lorsqu’un d’eux le regarde par en dessous de ses yeux jaunes. Geste absurde, l’animal n’a aucune chance de l’atteindre, mais l’espace d’une seconde, un autre loup s’est superposé à lui, celui qu’il voit dans ses cauchemars et en épouvantard et qui symbolise son père. Loriân se détourne, continue la visite du côté des oiseaux, tandis que ses pensées errent toujours dans la direction de Pénélope. Il se demande ce qu’elle fait à présent, devant quel enclos elle se trouve et surtout, s’interroge sur le contenu de ses pensées. Ne pense-t-elle qu’aux animaux ? Ou songe-t-elle aussi un peu à lui, à leur conversation ? Il aimerait tellement que ce soit le cas…mais il ne peut le savoir. Il tiendra sa promesse de ne plus user de Légilimancie sur elle. Le garçon échoue sur un banc à l’entrée du zoo, au point de rendez-vous du groupe, bien avant l’heure fixée. Mais il ne se sent pas capable de faire semblant de s’intéresser aux animaux plus longtemps. Le visage de Pénélope danse dans son esprit. Si seulement Kate et Andrew pouvaient baisser leur garde…mais il doute que cela arrive. Au moins Pénélope peut-elle puiser du réconfort dans leur présence, dans le soutien qu’ils lui offrent. C’est le plus important.
Lorsque sonne l’heure du rendez-vous avec les professeurs, Loriân est surpris de ne pas voir Pénélope parmi les élèves. Une brusque poussée d’inquiétude lui vient. Lui serait-il arrivé quelque chose ? Un malaise, peut-être ? Mais l’allure détendue de Kate et d’Andrew le rassure ; ils ne seraient pas ainsi s’il était arrivé quelque chose à leur amie. Sûr de se faire rabrouer, le garçon n’ose pas aller leur demander où est passée Pénélope. Partie avec d’autres ? Le groupe semble pourtant complet, lorsque les professeurs annoncent la dispersion pour le déjeuner, avant de leur donner rendez-vous à quatorze heures trente devant les grilles de Buckingham Palace, le palais royal anglais. Loriân se souvient être passé devant à plusieurs reprises lors de ses vagabondages dans la capitale, l’été précédent. Il était allé assister à une relève de la garde ; le sérieux des soldats l’avait surpris. Pour l’heure, son esprit est à mille lieux des gardes royaux. Toujours angoissé, le garçon s’arrange pour disparaître discrètement, fait mine de se mêler à quelques élèves qui s’éloignent pour que les professeurs ne le voient pas partir seul malgré leurs interdictions. C’est de la dernière imprudence, étant donné le contexte mais Loriân n’a aucune envie de jouer à sociabiliser avec des élèves dont il n’a que faire et qui n’ont que faire de lui. Le seul à qui il aimerait éventuellement parler est Remus, mais le Maraudeur est avec ses amis et Loriân ne tient nullement à affronter les remarques assassines de James et Sirius. Il n’est pas d’humeur à se disputer avec eux.

Il s’éloigne au hasard des rues, sans trop prêter attention à la direction qu’il prend. Il connaît cependant assez le coin pour se repérer par rapport au palais. Une petite supérette lui permet de s’acheter un sandwich à moindres frais, obligé qu’il est de compter les moindres livres qu’il lui reste. Malgré ses précautions, il n’en a plus beaucoup. Les premiers jours de l’été ne seront pas faciles, mais le garçon évite de se projeter si loin dans le futur. Le présent est déjà bien assez difficile à vivre comme cela. Comme une bonne partie de la nourriture anglaise, le sandwich se révèle insipide ; il a cependant l’avantage de calmer la faim du Serdaigle. Celui-ci perd son temps comme il peut avant de rejoindre la place devant Buckingham Palace, au lieu de rencontre donné par les professeurs. Il est en avance mais certains des enseignants sont déjà là, et le voient arriver seul. Slughorn, le professeur des potions, se porte immédiatement à sa rencontre.

— Vous êtes seul, Louvière ?

— À l’évidence, professeur…

Il n’en faut pas davantage au professeur pour se lancer dans une diatribe enflammée sur le respect des règlements imposés par les enseignants pour la sécurité et le bien-être des élèves. Loriân ne l’écoute que d’une oreille, hochant simplement la tête aux moments qui conviennent. Slughorn souligne qu’il n’est pas dans son intérêt de continuer à désobéir aux règles de l’école ; il a peut-être le soutien de Dumbledore, aussi inexplicable soit-il, mais cela ne suffit pas pour le faire rentrer en grâce auprès du corps enseignant. Il a plutôt intérêt à montrer qu’il est décidé à revenir dans le droit chemin… Le maître des potions enchaîne sur son heure de retour la nuit précédente, l’assurant que la sanction tombera dès qu’ils seront rentrés à Poudlard. Loriân n’en a que faire. Il se moque des heures de colle qu’on pourra lui infliger, du moment qu’on ne le renvoie pas de l’école. Et pour l’instant, seul le visage de Pénélope hante ses pensées, en dehors de toute autre considération. Il espère que la jeune fille sera présente pour la visite de l’après-midi. Certes, il ne sera pas possible de lui parler pendant la conférence, mais une occasion se présentera peut-être ensuite. Slughorn remarque finalement son air morose, évoque la fatigue qui résulte fatalement d’un manque de sommeil puis tente de lui remonter le moral en évoquant la météo. Contrairement à toutes les attentes, le ciel s’est éclairci. La température reste hivernale mais le soleil brille, moindre mal. Loriân est sur le point de répondre au professeur, de crainte que son mutisme et son indifférence ne finissent par éveiller l’attention de Slughorn qui aime tant s’écouter parler. Il en est cependant empêcher par un appel ; quelqu’un prononce le prénom du professeur. Le garçon se retourne, se fige en reconnaissant Pénélope. La jeune fille, le rouge aux joues, garde obstinément les yeux baissés. L’homme à la forte carrure et à la grande élégance qui l’accompagne doit donc être son père. Voilà qui explique le mystère de sa disparition pour le déjeuner. Les deux hommes se serrent la main. Loriân fait poliment un pas en arrière pour les laisser discuter. La présence de Daniel Stanton l’impressionne et le met mal à l’aise. Sans doute l’aspect sévère du père de Pénélope y est-il pour quelque chose. De même que la pensée qui fait soudain irruption dans l’esprit du garçon ; mieux vaut que Daniel Stanton continue d’ignorer son identité pour le moment. Pénélope a certainement parlé à ses parents de ce qui s’est passé en quatrième année et Loriân ne tient pas à raviver encore ces souvenirs dans l’esprit de la jeune fille. A-t-elle parlé aussi de ce qui s’est passé la veille ? Il le craint. Si le père de Pénélope décide d’avertir les professeurs du comportement d’un certain élève… Son regard glisse discrètement vers elle, une seconde à peine, pour ne pas attirer l’attention des deux hommes qui continuent de discuter. L’occasion tant attendue se présente peut-être maintenant ; il lui suffit d’attendre que les deux autres s’éloignent… Il relève brutalement les yeux lorsqu’il entend son nom. Le plus innocemment du monde, Slughorn vient de l’évoquer en parlant de la météo. Le garçon se mord la lèvre une seconde, mais il s’est déjà repris lorsque le père de Pénélope se tourne vers lui. L’expression glaciale de son regard bleu lui rappelle un instant son propre père et Loriân sent un frisson courir le long de son dos. Nul doute que le père de Pénélope a compris qui il était. Il le salue cependant courtoisement.

— Monsieur, répond le garçon, tout aussi poli en inclinant la tête.

Son embarras est à son comble ; heureusement, Slughorn, qui ne s’est rendu compte de rien, continue de pérorer sur des sujets tous plus mondains les uns que les autres, donnant à tous l’occasion d’admirer son talent pour le verbiage sans intérêt. Loriân devrait s’éloigner, mais il en est incapable. Son regard se porte de nouveau sur Pénélope, qui semble tout aussi gênée que lui. Les autres professeurs se rapprochent quelques instants plus tard, mettant un terme à la conversation mais aussi aux espoirs du garçon. Il se rend soudain compte que Kate, Victoria et Andrew se sont approchés sans qu’il les remarque, prêts à récupérer Pénélope dès que son père ne sera plus là. La garde rapprochée de la jeune fille est plus vigilante que les Aurors, pense le garçon avec amertume. Ils ne lui laisseront pas l’occasion de l’approcher… Cependant, son attention est attirée par les au revoir entre Daniel Stanton et sa fille. C’est la première fois qu’il voit Pénélope avec l’un de ses parents et s’il se doute qu’elle a été élevée avec amour, il est curieux d’avoir un aperçu de ses relations avec sa famille.
Loriân est tellement perturbé qu’il se demande un instant pourquoi le père de Pénélope évoque le mois d’avril, avant de réaliser qu’il s’agit des prochaines vacances scolaires et que, comme la grande majorité des élèves, la jeune fille reprendra le chemin de sa maison. Quel que soit l’état de leurs relations à ce moment, il ne la verra pas durant deux longues semaines… Sans pouvoir s’en empêcher, il observe à la dérobée le baiser que Daniel dépose sur le front de sa fille, la caresse sur sa joue, le sourire de Pénélope, la façon dont elle prononce ce mot de « papa » qu’il n’a presque jamais entendu de sa vie et qui sonne toujours étrangement à ses oreilles. Ce bref échange lui suffit pour mesurer l’amour qui unit le père et sa fille, malgré l’allure froide du premier. On sent bien à quel point il tient à elle… Malgré lui, Loriân ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec Emmeran. Celui-ci s’est plutôt montré généreux en matière de critiques et de punitions physiques, n’a jamais eu de geste ou de mot affectueux pour lui, sans même parler d’accepter de se faire appeler « papa ». Il n’y a toujours eu que ce terme de « père », si distant et froid. Jamais de mots de réconfort, d’encouragement ; toujours cette sévérité froide, intransigeante, implacable, cette domination totale à laquelle le garçon se soumettait sans condition. Une attitude dont Loriân, en perpétuelle quête d’affection, a souffert tout au long de son enfance, tout en se disant que c’était normal que les parents agissent ainsi avec leurs enfants. C’est normal dans le monde empli de préjugés des sangs-purs. Autour de lui, Loriân n’a vu que cette distance imposée, les sévices physiques qu’ils recevaient pratiquement tous mais qu’ils n’évoquaient jamais entre eux, dans ce monde d’apparence et d’hypocrisie. Le garçon secoue légèrement la tête. Il a seize ans, dix-sept dans quelques mois. Presque un adulte. Il n’a pas à se retourner vers son enfance, à regretter l’absence de présence parentale. Cela lui paraît idiot, puéril mais il aimerait parfois avoir l’assurance du soutien de ses parents, quelqu’un vers qui se tourner en cas de difficulté, qui l’aiderait à se sentir moins désespérément seul, plutôt que d’avoir tout à assumer par lui-même. Se retrouver à la rue à tout juste quinze ans a été plus que difficile ; il est difficile de se gérer entièrement à un âge aussi jeune, surtout quand on a mené jusqu’à présent une existence privilégiée. Une envolée de cheveux blonds devant lui le distrait de ses pensées, le ramène à l’amour de Daniel pour sa fille. Voilà sans doute un homme qui aime énormément son enfant. Loriân mesure le prix de ce qu’il n’a jamais eu et n’aura jamais. Mais à présent, il peut prendre du recul sur la situation. Il ne veut l’amour que d’une seule personne. Celle qui le fuit à l’heure actuelle, en compagnie de ses amis. Dès que son père a tourné les talons, la jeune fille s’est échappée avec Kate et Andrew sans un regard pour lui.

Le cœur à la dérive, le garçon tombe à l’arrière du groupe, les suit en direction du palais. Il sent le regard de Slughorn peser sur lui, mais l’ignore. Sa mine doit vraiment être mauvaise, si même le professeur de potions l’a remarqué mais le garçon n’a pas l’énergie de se forcer à sourire. L’histoire des monarques d’Angleterre ne le passionne absolument pas. Dire qu’il pensait justement la veille que cette visite lui permettrait de combler ses lacunes en la matière… À la fin de la conférence, il ne sait plus si c’est Elizabeth Iere ou II qui règne sur le pays ou si c’est bien Henry VIII qui a eu il ne sait plus combien d’épouses. Une telle indifférence ne lui ressemble pas, lui qui profite de la moindre opportunité de se cultiver en temps ordinaire, en digne Serdaigle. Sa mémoire est aussi plus fiable que cela, mais aujourd’hui, rien ne lui reste en tête, si ce n’est la discussion de la veille sur le Battersea Bridge.
Lorsque les professeurs les libèrent, Loriân réitère son manège du midi afin de passer inaperçu. Tout à ses pensées, il erre dans les rues de Londres. Ses pas le mènent tout d’abord à côté de Westminster Cathedral, puis vers l’abbaye du même nom et vers le Parlement. Le garçon accorde à peine un regard aux monuments qu’il croise ; il a déjà pu les observer l’été précédent lorsqu’il avait la possibilité de se changer un peu les idées. Il descend ensuite vers Trafalgar Square puis Picadilly. Ce n’est qu’au bout d’un long moment qu’il prend conscience du fait qu’il se dirige à l’opposé du Battersea Bridge et de l’auberge de jeunesse. Mais ce n’est pas en fuyant ces lieux qu’il oubliera ce qui s’est passé… Pris dans ses pensées, Loriân manque heurter un homme d’affaires pressé, qui l’invective un instant avant de reprendre son chemin en maugréant contre cette jeunesse qui n’a plus aucun respect pour rien. Quelques passants se retournent sur son chemin, se demandant visiblement ce qui trouble cet adolescent solitaire, à l’allure si sombre. Le garçon a la soudaine impression d’étouffer, et il rejoint le bord de la Tamise, où les gens sont moins nombreux, et surtout, plus facile à ignorer. Il perd son regard dans les eaux lourdes et grasses du fleuve. Que fait Pénélope en cet instant ? Il l’imagine en train de boire un thé à la verveine à la terrasse d’un salon de thé, en train de sourire devant les remarques de ses amis. Ou alors, ils sont partis faire quelques courses…pas forcément les magasins de vêtements, Loriân a bien en tête les sacs avec lesquels elle est revenue la veille, mais plutôt les boutiques de souvenirs qui abondent dans ce quartier si touristique. Sans doute voudra-t-elle ramener quelque chose à sa famille ; c’est ce que projettent d’ailleurs la plupart des élèves. Il passe un bon moment à se projeter ainsi dans les activités de Pénélope, avant de réaliser que le soleil commence à descendre sur l’horizon. Il est temps pour lui de prendre le chemin du retour, surtout que la route est longue jusqu’à l’auberge. Il gagnerait du temps en prenant le métro mais il en est incapable, trop claustrophobe pour cela. Une peur pour laquelle il peut encore remercier son père…

Il repense au programme de la soirée, essentiellement tournée vers le quartier libre offert aux élèves afin de profiter au mieux du dernier jour du voyage. Il n’y a d’obligatoire que le pointage à dix-neuf heures trente –le garçon presse le pas ; Slughorn ne le manquera pas s’il est en retard- et le retour à l’auberge à vingt-trois heures. Deux possibilités de croiser Pénélope, deux opportunités de tenter de l’approcher…quitte à braver Kate et Andrew. Ils ne l’effraient pas ; tout au plus pourraient-ils ruiner ses espoirs en attirant sur eux l’attention des professeurs. Les yeux dans le vague, Loriân passe une partie du chemin du retour à imaginer un moyen d’entamer la conversation avec Pénélope. Toutes les phrases auxquelles il pense lui paraissent plus stupides les unes que les autres, convenues, artificielles. On dit qu’il suffit de laisser parler son cœur dans ces circonstances, mais le garçon aimerait commencer la discussion avec la meilleure base possible. Il n’a pourtant rien de concluant lorsqu’il pousse enfin la porte de l’auberge. En retard. Slughorn l’attire à l’écart pour lui faire de nouveau la morale. Épuisé par sa nuit blanche et la tension de la journée, Loriân lui répond assez sèchement. À cet instant, il n’a que faire des remontrances du professeur. Il n’aspire qu’à un peu de tranquillité que son esprit agité et son cœur tourmenté refusent de lui accorder. Les coups d’œil fréquents qu’il jette dans le hall pendant la séance de remontage de bretelles ne lui permettent pas d’apercevoir Pénélope. Comme les autres élèves, elle a dû sortir dîner. Slughorn est bien obligé de le laisser partir en faire autant, après l’avoir menacé de le suivre toute la soirée. Il exige cependant une ponctualité impeccable pour l’heure du retour à l’auberge. Loriân promet ce qu’il veut pour avoir la paix.

L’air froid de la nuit le cueille dès qu’il remet le pied dehors. Le garçon frissonne, resserre sur lui les pans de son manteau et remonte jusqu’au nez son écharpe de Serdaigle. Il passe devant des bars sans leur prêter la moindre attention, à la recherche encore d’un sandwich, qu’il grignote sur un banc. Le visage de Pénélope continue de tourner dans son esprit. Il l’aime tellement. Il l’aime plus que tout. Son cœur le lui souffle depuis presque six ans ; il en a conscience depuis quelques semaines. Ces mots peuvent sembler n’avoir pas grand sens quand on ne possède pratiquement rien, quand on a tout perdu. Et pourtant, Loriân place déjà son amour pour la jeune fille au-dessus de tout le reste. Il serait prêt à faire absolument n’importe quoi pour elle. Elle éclaire toute sa vie, lui donne un sens… et si elle n’en fait pas partie, il ne voit pas l’intérêt de poursuivre. « Je t’aime, Pen » murmure-t-il. « Je t’aime tellement… ». Elle est la première à qui il ait dit ces mots, la seule à qui il ait envie de les dire…même si elle refuse de les entendre. Il se crispe, retient les larmes qui menacent de couler encore. Trop sensible. Il doit se contrôler. D’un geste rageur, il fait une boulette du papier du sandwich, l’expédie dans la poubelle un peu plus loin. Pourquoi n’aurait-il pas le droit de pleurer ? De laisser son chagrin s’exprimer ? C’est de la faiblesse…et alors ? Malgré ses efforts, il ne peut pas toujours être fort, et le rejet de Pénélope lui a brisé le cœur. Il est seul de toute façon… Le quartier n’est guère passant. Le garçon se mord les lèvres, tandis que les larmes coulent silencieusement sur ses joues. « Pénélope… Pénélope… ». Sans vraiment s’en rendre compte, il répète à voix basse le nom de la jeune fille, comme s’il la conjurait d’apparaître devant lui. Il a tellement besoin de la voir, de lui parler… mais il ne supporterait pas un nouveau rejet. Il l’aime trop.

Un bruit de voix un peu plus loin lui fait brusquement redresser la tête. Un groupe d’hommes se trouve un peu plus loin. Le garçon ne comprend pas ce qu’ils disent mais son expérience de l’été précédent lui ordonne de ne pas s’attarder dans les parages. Il est bien placé pour savoir toutes les mauvaises rencontres que l’on peut faire le soir dans les rues de Londres… Il abandonne son banc, inspire profondément pour se calmer. Les larmes commencent à se tarir, il les essuie d’un geste rapide en reprenant le chemin de l’auberge. C’est Madeleine Fabre qui s’assure du retour des élèves ; elle s’avance vers lui avec un regard compatissant dès qu’elle le voit arriver. Le garçon lui dit un vague bonsoir avant de l’esquiver et d’avaler quatre à quatre les marches menant au deuxième étage. Des bruits d’éclaboussure se font entendre dans la salle de bains lorsqu’il passe devant la porte fermée. Un éclat de voix plus important que les autres lui permet d’identifier Michael Carstairs. Mieux vaut éviter la salle de bain pour le moment, il ira quand il sera sûr qu’il n’y a plus personne, vers l’heure du couvre-feu.
La chambre est toujours vide lorsqu’il pénètre. Bien sûr, Rabastan a été emmené au Ministère le matin même, et Adonis… Loriân ignore où il peut bien se trouver à présent. Il retire son manteau, laisse tomber sa baguette sur son lit. Finalement, la journée s’est écoulée sans qu’il puisse parler à Pénélope ; les occasions manquées lui reviennent en mémoire. Aurait-il dû tenter le sort quand même ? Passer outre Kate et Andrew, la forcer à lui parler ? Mais il est trop tard pour ce soir ; elle est certainement dans sa chambre. Il devra attendre Poudlard, puisque le schéma de la journée se reproduira sans doute le lendemain. Kate et Andrew ne la laisseront pas seule dans le train… Les couloirs de Poudlard sont plus sûrs.

Le silence tombe peu à peu sur l’étage ; les portes des chambres claquent les unes après les autres. Le garçon se relève lentement, rejetant la fatigue de la journée. Serviette et gel douche sont restés étalés au bord du meuble de télévision, négligence inhabituelle de sa part. Loriân s’en empare, prend le chemin de la salle de bains, en souhaitant qu’il reste de l’eau chaude. La poignée tourne sous sa main, et il entre dans la pièce. Un étrange parfum lui parvient tout d’abord, pas le genre employé par les garçons en général. Surpris, il relève les yeux…et se fige sur le seuil en apercevant Pénélope en serviette dans la salle de bains, aussi stupéfaite que lui. Sous le choc, sa bouteille de produit lui échappe et tombe sur le carrelage avec un bruit sourd.

— Pen…élope… ?

Il n’en dit pas davantage, tout entier happé par la jeune fille qui se dresse, effarée, devant lui. Sous le choc, elle a manqué laisser échapper sa serviette, qu’elle rattrape au dernier moment. Le tissu a cependant glissé de quelques centimètres, bien assez pour que Loriân ait le temps d’apercevoir une partie de la poitrine généreuse de Pénélope. La jeune fille, écarlate, se couvre rapidement, mais le regard du garçon reste accroché sur les formes désormais dissimulées par la serviette. Il a chaud d’un coup ; la température de la salle de bains lui semble avoir brutalement augmenté, et cela n’a rien à voir avec la vapeur chaude qui a envahi les miroirs et les fenêtres. La bouche soudain sèche, le garçon déglutit péniblement, regrettant en lui-même que la serviette n’ait pas davantage glissé… tout son corps semble s’être réveillé par le bref aperçu qu’il vient d’avoir, et la chaleur se fait persistante. Ce n’est que lorsque Pénélope prend la parole pour expliquer les raisons de sa présence en ces lieux que le cerveau du garçon recommence à montrer des signes d’activité. Avec un immense effort sur lui-même, il s’oblige à remonter le regard vers le visage de Pénélope, mais cela ne fait pas disparaître son trouble. Embarrassé de l’avoir surprise ainsi, il espère qu’elle ne pensera pas à une manœuvre de sa part. Certes, c’est plutôt elle qui se trouve là où elle ne devrait pas mais il n’a pas fait exprès non plus d’aller prendre sa douche à cette heure… Il est également sous le choc d’apercevoir la jeune fille –surtout dans cette tenue- après avoir pensé à elle toute la journée. Dire qu’il ne pensait pas la recroiser au cours de la soirée ! Le destin semble prendre un malin plaisir à lui jouer des tours… De toutes les situations qu’il a imaginées, le garçon n’avait pourtant pas pensé à celle-ci. Très gênante pour lui, puisque son désir pour Pénélope se manifeste de plus en plus en la voyant ainsi.

Son esprit a machinalement enregistré les paroles de la jeune fille expliquant les raisons de sa présence.

— Je comprends, fait-il platement. Désolé de t’avoir surpris ainsi… je…je ne savais pas que tu étais là.

C’est tout ce qu’il est capable de dire tant son esprit est en ébullition. C’est la partie physique qui semble aux commandes tandis que tout ce qui s’apparente à la raison paraît avoir pris la fuite. La chaleur est toujours aussi forte ; le garçon sent le rouge lui monter aux joues et croise mentalement les doigts pour que cela ne se voit pas trop. Il lui est impossible de détacher son regard de la jeune fille et celui-ci descend régulièrement vers la serviette.

Écarlate, Pénélope fait deux pas dans sa direction, comme pour sortir. Toujours sous le choc, Loriân ne bouge pas du seuil de la porte, sans réaliser qu’il bloque le passage à la jeune fille. Il ne pense pas non plus à la bouteille de gel douche toujours par terre. Non. Son esprit est entièrement concentré sur Pénélope, ne voit qu’elle. Il réagit avec un temps de retard lorsqu’elle annonce son intention de le laisser.

— Merci… mais tu peux rester si tu as besoin de plus de temps…je repasserai plus tard. Ça ne me dérange pas.

Leurs regards se croisent ; le gris plonge dans le bleu-vert tant aimé. C’est la première fois de la journée qu’il se trouve véritablement face à elle. Seul avec elle aussi… L’occasion est unique, inespérée…Il ne doit pas la laisser passer.

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Pénélope D. de Louvière

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MessageSujet: Re: « You're all I want, you're all I need, you're everything... » ღ [Loriân de Louvière]   Mar 11 Nov - 2:19

Mercredi 27 août 2014, 00:02


Pénélope Daphné Gallianis & Loriân De Louvière.

♫ Everything - Lifehouse ♫
Il est fou de constater combien un cœur brisé peut faire de dégâts sur une âme. Tout autant est-il surprenant de savoir que tel événement peut survenir sur une jeune âme, et un jeune cœur. Quatorze ans précisément. Beaucoup auraient peine à y croire, puisqu’après tout à cet âge-là l’existence démarre à peine, et l’on ne connaît rien des mystères de la vie, de ce qui va la ponctuer, ses bonheurs comme malheurs. La plupart auront tendance à considérer comme enfantillages les attitudes d’amoureux d’un si jeune âge, se prétendant perdus et brisés car leur amourette adolescente vient de se terminer. S’il est vrai que beaucoup de ces relations éphémères n’auront pas d’important impact sur le futur des jeunes gens concernés, ce n’est toutefois pas le cas de toutes. Pénélope est très bien placée pour le savoir ; elle est tombée irrémédiablement amoureuse à onze ans, et il n’y a absolument aucun espoir que cela change un jour. Irrémédiablement amoureuse, de même que son cœur s’est définitivement brisé, à quatorze ans. Trop jeune pour prétendre connaître l’amour, diront certains… Pourtant, la douleur ne se soucie guère de l’âge et de l’opinion publique. Elle est juste là, bien présente, enserre un cœur qu’elle meurtrit chaque jour davantage sans lui laisser de chance de s’échapper de son étreinte mortelle. Il est rare de croiser telle souffrance chez la jeunesse, et Pénélope aurait bien aimé s’en passer. Ne pas connaitre ces doutes perpétuels, ces questions sans réponses, ces peurs de ne pas être à la hauteur… Ces sensations horribles de ne pas en valoir la peine, ces impressions de se trouver au bord d’un gouffre ou sur le point d’étouffer en essuyant un regard méprisant ou une remarque blessante de l’être aimé… Tout cela, Pénélope l’a connu. Et elle ne le souhaite à personne, même pas à sa pire ennemie, bien qu’elle n’en ait pas. Trop déterminée à voir le bon en chacun, elle est une cible de moqueries plus aisée ; beaucoup n’hésitent pas à utiliser sa naïveté pour la ridiculiser. Combien de fois a-t-elle fait les frais du mépris des autres de son âge, surtout au sang pur ? Bien trop à son goût, mais elle a tendance à ne plus s’en rendre compte depuis quelques années. Ou plus précisément, depuis qu’elle a subi la pire humiliation de toutes celles envisageables, devant presque tout Poudlard.

Si elle y réfléchit, Pénélope réalise que c’est ce moment extrêmement marquant qui a érigé une véritable forteresse entre Loriân et elle. C’est le voir au sommet du machiavélisme, se moquer d’elle en l’humiliant ouvertement devant tout le monde, parfaitement conscient de briser son cœur pour toujours, qui a achevé d’éloigner tous ses espoirs. Depuis ce moment, elle a du mal à percevoir le garçon autrement que le monstre qu’il lui a montré pendant longtemps. Elle ne sait plus distinguer réalité et masque… Le garçon est un excellent comédien, et à force de jouer avec les attitudes et expressions, il a perdu Pénélope, devenue incapable de distinguer le vrai du faux. Depuis presque six ans qu’ils se connaissent, les occasions de se parler n’ont pas manqué, mais n’ont pas toujours été saisies. Sauf à la fin de leur quatrième année, alors que Loriân profitait de tous les moments où elle entrait dans son champ de vision pour l’attaquer verbalement, se moquer d’elle, de son physique, son sang impur, sa famille, ses notes. Loriân l’a assommée de réflexions toutes plus difficiles à supporter les unes que les autres, qu’elle a encaissées sans rien dire, se contentant de baisser le regard sur son passage, et malgré cela incapable d’occulter véritablement le garçon de son esprit. Pénélope réalise à présent avec amertume qu’elle s’est endurcie, et surtout faite à l’idée que jamais, au grand jamais, elle ne pourrait envisager une quelconque histoire d’amour avec Loriân, une vie future incluant le garçon. Les mots de Loriân se sont enfoncés dans son cœur brisé, et elle a fini par les croire, mot pour mot.

Difficile donc, voir même impossible pour elle à présent de penser qu’il ait pu retourner sa veste après tout ce qui s’est passé entre eux. Elle n’est pas sans savoir qu’elle était sa victime favorite jusqu’à la cinquième année, il le lui a assez répété pour cela, et si depuis il a changé, son cœur garde trop la marque de l’humiliation pour qu’elle accepte de voir le garçon sous un jour nouveau, de lui accorder encore sa confiance. Pourtant, Loriân a prouvé un changement radical depuis plus d’un an. Même elle, malgré son manque d’objectivité sur la situation, ne peut le nier. Loin de l’attitude méprisante du parfait sang pur, elle l’a vu évoluer désormais seul dans Poudlard, brouillé avec ses amis de longue date et pourtant du même rang. Elle n’a pu que prêter l’oreille aux rumeurs circulant sur le compte du Serdaigle, sans savoir que croire, ajoutant encore de nouvelles interrogations à celles peuplant déjà son esprit concernant le garçon. Loriân de Louvière, ou un mystère qui ne cesse de s’épaissir à ses yeux… Pénélope se demande si elle sera un jour capable de démêler le vrai du faux avec lui, de ne pas douter sans cesse de ses pensées, son opinion d’elle. A défaut de cesser de l’aimer, elle aimerait le connaître plus, même s’il n’y a aucune chance qu’ils finissent ensemble un jour.

Elle aurait tellement voulu l’oublier… Elle s’est souvent demandé, seule allongée dans son lit la nuit venue, comment serait sa vie future, maintenant qu’elle devait l’imaginer sans Loriân. Comme dans son enfance, elle s’est amusée à rêver son mariage, elle dans une belle robe blanche, avec son prince… Mais le rêve qui autrefois montrait Loriân n’a laissé qu’un vide cette fois. Pénélope n’a pas pu imaginer davantage, et elle s’est tout simplement rendue compte que sans Loriân, elle n’envisage rien plus tard. Elle ne se voit pas adulte, perdue seule dans ses livre, pas mariée, sans enfants, vieille fille. C’est pourtant ce qui l’attend peut-être si elle ne finit pas sa vie avec Loriân comme elle l’a toujours souhaité depuis leur rencontre. Elle a l’impression d’avoir perdu tous les rêves, tous les espoirs auxquels elle s’est accrochée depuis le premier soir à Poudlard, lorsque Loriân l’a humiliée, lui disant sans aucun doute possible qu’il n’y avait, et n’y aurait jamais quoi que ce soit entre eux. Rien d’autre que le mépris et les moqueries du garçon… Coup dur dont elle ne s’est jamais véritablement remise. Comment expliquer sinon qu’elle ait toujours autant de mal à regarder Loriân dans les yeux ? Qu’elle ait ce réflexe désagréable de baisser le regard sur son passage, ou de se détourner ? Comme si elle ne voulait pas le voir, oublier tout le mal qu’il lui a fait… Cela n’a jamais fonctionné.

Quatorze ans, un âge bien jeune pour émettre un avis aussi définitif sur le futur. Pénélope en est consciente et n’accepte pas le regard des autres sur son amour pour Loriân, raison pour laquelle elle s’évertue à le cacher, même de ses parents. Ils l’ont vue revenir en petits morceaux un peu plus d’un an plus tôt, aux grandes vacances d’été précédant la cinquième année. Pénélope n’a pu leur cacher son cœur brisé, en même temps que son âme. Et bien évidemment, elle s’est confiée à ses parents, leur expliquant les causes de son malheur, évitant de se perdre dans les détails ; l’essentiel étant qu’elle est tombée très amoureuse d’un garçon qui lui a fait croire qu’il l’aimait aussi afin de pouvoir l’humilier devant tout le monde en avouant qu’il mentait. Depuis cet été-là, elle n’a plus jamais reparlé à ses parents de Loriân, et ils doivent d’ailleurs croire qu’elle ne pense plus du tout au garçon… Tant mieux. Elle ne veut surtout pas qu’ils sachent qu’elle éprouve encore des sentiments pour celui qui lui a fait tant de mal par le passé. Dissimuler son amour est loin d’être une tâche facile mais elle préfère que les choses demeurent ainsi pour l’instant, et même pour une durée indéterminée. Elle évite de se dire que ce sera pour toujours si les choses continuent comme ça. Mais ce troisième jour à Londres en voyage scolaire vient de balayer ses espoirs ; son père n’a absolument pas oublié qui est Loriân de Louvière, et l’a même immédiatement reconnu devant le Buckingham Palace, alors qu’il discutait avec le professeur Slughorn. Pénélope connait assez bien son père pour saisir les teintes de bleu glacé puis radoucies selon ses humeurs, et le climat qui régnait au moment où il a salué Loriân était pour le moins hivernal. La jeune fille rejette l’idée ; elle n’ose imaginer ce que le garçon a pensé d’elle lorsqu’il a vu la façon dont son père le regardait, car impossible qu’il ne l’ait pas remarqué. Le seul à ne rien avoir compris à la situation est l’enseignant de potions, mais là encore, rien d’étonnant, au vu de l’exceptionnelle capacité de prolifération de paroles de ce dernier, trop occupé à jacasser de tout et de rien sans prêter réelle attention à son auditoire.

Encore une fois, les paroles de Loriân reviennent tourner en boucle dans son esprit, sans qu’elle ne puisse les chasser. Comment le pourrait-elle, de toute façon ? Elle passe déjà son temps à penser à Loriân, a fortiori maintenant au vu des récents évènements entre eux. Pénélope soupire, tandis qu’elle sent l’eau brûlante couler sur ses épaules, sa poitrine et le reste de son corps, filer discrètement en bas de la douche. Le liquide lui offre un réconfort précieux, achève de détendre ses muscles tendus, tout son corps stressé. Elle sent des nœuds sur na nuque et le haut de son dos, signe de l’angoisse qui l’habite depuis quelques semaines, et surtout depuis hier. Evidemment, une simple douche ne pourra pas régler totalement ses problèmes, juste les atténuer un peu et surtout lui donner l’occasion de réfléchir, mais c’est toujours ça de pris. C’est la raison pour laquelle Pénélope aime autant passer de temps sous l’eau, se perdre dans des bains moussants d’où se dégagent des parfums relaxants. C’est le moment de la journée qu’elle préfère car elle peut réfléchir de manière claire et précise, dans le calme, pas perturbée par le monde extérieur. Une bulle paisible dans un environnement souvent embouteillé par les autres, au château en général. Bien sûr, elle connait des endroits où s’échapper lorsque le besoin s’en fait ressentir lorsqu’elle est à Poudlard, mais ses moments privilégiés correspondent principalement à ceux qu’elle passe dans la salle de bain. Et chaque dimanche, une fois dans la semaine, elle ose s’éclipser au petit matin, certaine de ne croiser personne dans les couloirs déserts, pour aller s’essayer à quelques sorts de métamorphose sous un arbre qu’elle aime qualifier de sien, près du lac, à l’abri des regards. La Salle de bain des Préfets a déjà reçu plusieurs visites de sa part mais étrangement, elle n’ose que peu s’y aventurer, se sentant plus minuscule et insignifiante que jamais une fois ensevelie sous la mousse blanche de la piscine, et non baignoire, de la salle de bain. Rester sous l’eau chaude est un tel plaisir qu’elle a presque oublié qu’elle se trouve dans la salle de bain des garçons, par conséquent un endroit qu’elle n’est pas autorisée à fréquenter en temps normal. Presque. Sa Raison qui l’empêche trop souvent de faire beaucoup de choses – elle se serait sans doute déjà précipitée sur Loriân pour l’embrasser sans ladite Raison, et n’aurait pas fui ensuite – la rappelle encore une fois à l’ordre. Pénélope coupe l’eau et tire le rideau de la douche, avant d’attraper la serviette posée juste en face avec le reste de ses affaires. Elle s’enveloppe dedans, pas mécontente de son moelleux qui est un prolongement parfait du moment de détente passé dans la douche. D’un geste, elle détache ses longs cheveux blonds soyeux, qui retombent en cascade sur ses épaules, secs. Elle s’apprête à attraper son gel douche et quitter les lieux au plus vite, sans se faire repérer par qui que ce soit, lorsque la poignée de la porte tourne subitement. Trop tard… Pénélope se tourne pour faire face à Loriân, à quelques mètres d’elle à peine. Son cœur tambourine violemment dans la poitrine, et sous le choc, elle laisse sa serviette glisser sur son corps et dévoiler un peu de sa poitrine, en même temps que le prénom du garçon lui échappe dans une exclamation. Le rouge aux joues, la jeune fille la rattrape et la place plus haut que précédemment, de manière à ce qu’il n’y ait aucune chance qu’un sein se trouve dévoilé par une nouvelle maladresse. Là, fort heureusement, aucun de ses atouts n’est apparu au grand jour, mais le tissu a tout de même glissé jusqu’au bord de son mamelon… Cramoisie, elle se maudit intérieurement de sa maladresse tout en remerciant Morgane et Merlin réunies de ne pas lui avoir joué pire tour encore. Elle n’ose imaginer sa gêne si la serviette avait dévoilé quelques centimètres de plus de sa peau… Bafouillant, Pénélope s’excuse de sa présence ici qu’elle explique maladroitement. Son regard bleu-vert est planté dans le gris de Loriân, ne le quitte pas. Elle a brutalement chaud, et une petite voix dans son esprit qu’elle relègue aussitôt en arrière-plan lui chuchote que ce n’est pas seulement parce qu’elle sort de la douche, et que la salle de bain est envahie par un chaud parfum de rose. Non… Elle est aussi troublée parce que Loriân est en face d’elle, et malgré elle, Pénélope regrette qu’il ne soit pas directement entré dans la salle de bain sans ses vêtements, lui aussi, avec simplement une serviette enroulée autour de lui comme elle l’a fait. Le seul souvenir qu’elle a de lui torse nu remonte à leurs quatorze ans, alors qu’elle l’avait surpris après un entraînement de Quidditch, enlevant son tee-shirt trempé par la sueur. Elle n’a jamais pu oublier cet instant… Mortifiée, Pénélope réussit à rassembler sa volonté pour chasser ces pensées pires qu’inappropriées de son esprit ; elle s’est rappelé à temps que Loriân est Legilimens. Et leur relation est déjà assez compliquée, sans qu’il y ait besoin d’y ajouter des pensées plus que déplacées histoire de la rendre plus difficile encore.

Priant de toutes ses forces que Loriân n’ait rien remarqué de son trouble, la jeune fille tente de se remettre de ses émotions, sans y parvenir réellement. Elle déglutit péniblement, tandis que son regard descend un instant sur le garçon, qui ne se dépare pas de son élégance habituelle, et tient sa serviette de bain à la main. Elle note que sa bouteille de gel douche est par terre, et se dit vaguement que là n’est pas sa place habituelle… L’a-t-il fait tomber au sol en la voyant ? Parce qu’il l’a trouvée belle, ainsi sortie de la douche ? Son cœur s’emballe, conduisant son esprit à en faire de même, et Pénélope se morigène ; bien sûr que non, elle l’a simplement surpris. Et quoi de plus normal dans telle situation, après tout ? Elle sait très bien qu’elle aurait éprouvé le même étonnement que Loriân, pour ne pas dire la stupéfaction la plus totale, si les rôles étaient inversés, à savoir si elle l’avait trouvé sortant de la douche dans la salle de bain des filles. Pour dire la vérité, elle se serait immédiatement demandé s’il avait fait sa toilette ici… parce qu’il était avec une fille sous la douche. La pensée lui serre brusquement le cœur tandis qu’une boule se forme dans sa gorge. Peut-être pense-t-il d’ailleurs qu’elle n’était pas seule dans la douche ? Elle espère de tout cœur que non ! L’idée même l’horrifie. Elle n’envisage pas une quelconque relation avec un autre garçon que Loriân, même pas un baiser… Alors la douche avec un autre est tout simplement exclue de la liste des possibilités. Ce sont les filles qui ne se soucient guère de leur vertu qui s’adonnent à de telles activités, et Pénélope a quelques noms en tête… Dont celui de Georgia Prince qui doit bien figurer parmi les premiers. Très loin de son caractère à elle, timide, coincée, trop romantique, sensible et naïve… Le genre de fille dont le cœur se brise facilement, mais pas toujours irrémédiablement, comme c’est le cas de Pénélope.

Loriân… Sans doute la dernière personne avec qui Pénélope espérait se retrouver seule à seul ce soir. L’ambiance est tendue, et elle sait pertinemment que ce n’est pas seulement à cause de la gêne de se retrouver face à face dans une salle de bain… Non, car ils ont eu une longue conversation à peine vingt-quatre heures auparavant, au cours de laquelle Loriân lui a avoué ses sentiments. Il lui a dit être amoureux d’elle, la regardant droit dans les yeux, et Pénélope a refusé de le croire. Elle a immédiatement rejeté ses sentiments, sans doute trop brutalement, et brisant le cœur du garçon si jamais il disait la vérité. A l’heure actuelle, elle ne sait toujours pas quoi penser de leur discussion, bien qu’elle y ait songé toute la journée, ne dormant pas de la nuit, ou très peu, tant cette histoire l’a rongée, les mots s’enfonçant dans son esprit et dans son cœur déjà brisé sans qu’elle ne puisse faire quoi que ce soit pour y remédier. Et maintenant, Loriân est là, juste devant elle, et ils ne savent quelle attitude adopter, quelles paroles prononcer, tant ils semblent tous deux perturbés par la situation. Elle voit bien que le garçon est peu loquace, et moins impassible que d’habitude, mais met ça sur le compte de sa surprise de la trouver à un endroit où elle ne devrait pas être, à une heure tardive. Il doit être l’heure du couvre-feu, à présent… Mais les professeurs ont déjà dû vérifier que les élèves étaient bien dans leur chambre, ou alors ne s’aventureront pas ici, d’autant plus que c’est l’enseignante d’Étude des moldus elle-même qui a autorisé Pénélope à venir se doucher à l’étage des garçons. Ils sont donc parfaitement seuls ici… Personne ne viendra les déranger ici, plus maintenant… Le cœur de Pénélope s’emballe encore un peu plus à cette pensée, après s’être arrêté de battre une seconde. Il faut croire qu’ils sont sans cesse ramenés l’un vers l’autre, au moment précisément où tout devrait les séparer. Déjà, en cinquième année, ils ont été obligés de travailler ensemble sur un devoir, binôme formé par le professeur McGonagall, énervée après une classe agitée. Même si Pénélope persiste à penser que le choix de lur binôme ne relevait pas d’un hasard… Et à Noël de cette année, des idiots se sont amusés à répandre partout la rumeur qu’ils iraient au bal de fin d’année ensemble, les forçant à effectivement le faire… Comme si tout le reste du monde, et pas seulement elle, les imaginait ensemble, tous les deux, avec personne d’autre. Car Pénélope s’avère incapable de sortir avec un autre garçon que Loriân, malgré une tentative infructueuse l’année précédente. Elle ne souhaite pas retenter l’expérience, trop craintive de ce que cela donnerait… Elle ne serait pas heureuse, et rendrait l’autre désespéré par son attitude, ce qu’elle veut précisément éviter. Elle refuse de blesser quelqu’un qui pourra potentiellement s’attacher à elle au point d’éprouver des sentiments forts, alors qu’elle-même ne pourra jamais l’aimer en retour. Ce serait trop cruel… Et elle refuse de mentir à l’autre dès le début, comme Loriân l’a fait avec elle.

Elle a tellement cru à sa déclaration… Pourtant, d’un regard extérieur, tout semblait évident, joué d’avance ; si Loriân avait véritablement été amoureux d’elle, jamais il n’aurait dévoilé ses sentiments en public, devant tout le monde, à une heure de forte affluence, dans le hall de Poudlard où se mêlaient quasiment tous les élèves de l’école dans une cohue désordonnée. Trop peur de se faire rejeter pour cela, et Pénélope aurait dû le voir tout de suite. Mais non. Elle n’a pas songé un instant que les mots du garçon pouvaient ne pas être sincères, mais au contraire faux, moqueurs, abominables. Il est allé jusqu’à l’espionner, afin de connaitre ses goûts et de rendre sa déclaration plus crédible, et cela a énormément blessé Pénélope, autant que la fausseté de la déclaration elle-même. Car elle a vu le machiavélisme de Loriân à son comble ; elle a compris qu’il préparait son coup depuis des jours, peut-être des semaines… Comme un chasseur surveillant méticuleusement sa proie, pour l’abattre ensuite de façon imparable, irréversible. Elle s’est sentie blessée, utilisée, plus bas que terre, pour la première fois de sa vie, et les mots sont un euphémisme pour décrire ce qu’elle a éprouvé à ce moment-là. Et malgré le temps écoulé depuis l’humiliation et l’évolution de sa relation avec Loriân plutôt positive –de toute façon, elle ne pouvait pas empirer-, Pénélope se souvient encore trop bien de ces sensations pour demeurer capable de les oublier un jour. Tout est trop fort dans son esprit, son cœur, son corps. Elle revoit trop ses tremblements, sent encore son cœur tomber de sa poitrine pour rejoindre le centre de la terre, les larmes brûler ses yeux et couler sur ses joues devant tout le monde, les sanglots monter dans sa gorge et finir par l’étouffer avant qu’elle ne fuie, loin, très loin du garçon, de tout ce monde et de toute cette scène, prenant ses jambes à son cou sans demander son reste, telle l’animal chassé par le prédateur…

La blessure causée par Loriân dans son coeur ne s’est jamais vraiment refermée un jour, et Pénélope le sait, bien que leur discussion de la veille ait participé à sa cicatrisation. Et c’est justement à cause de cela qu’elle a refusé catégoriquement de le croire la veille au soir, et même de l’écouter, lorsqu’il lui a déclaré à nouveau ses sentiments, seul cette fois pourtant, s’excusant de ce qu’il lui avait fait subir presque deux ans plus tôt. C’est parce qu’elle a peur qu’il joue à nouveau avec son cœur et lui fasse très mal que Pénélope n’a pas voulu entendre l’aveu des sentiments de Loriân. Elle ne veut même pas croire à leur possibilité, car en elle demeure trop ancrée la crainte de souffrir à nouveau, de revivre cette douleur infâme et atroce qui a envahi son cœur en quatrième année, le jour de ce qui est devenu « l’Humiliation » avec un grand H dans l’esprit de tous les élèves de Poudlard présents à ce moment. En vérité, elle n’a pas confiance en Loriân, ou plus, et n’est pas sûr de pouvoir la lui accorder un jour à nouveau. Il est allé trop loin, et il peut s’en douter ; quelque part, il ne devait pas s’attendre à ce qu’elle accepte ses sentiments sans poser de questions. Son refus est légitime lorsqu’on connait leur situation, mais peut-être trop exagéré puisqu’il y a prescription pour beaucoup de gens des faits commis dans le passé. Le passage de quatorze à seize ans a permis à une certaine maturité de s’installer ; la part des choses est plus facile à faire qu’auparavant. Et si Pénélope croit sincèrement Loriân lorsqu’il s’excuse de lui avoir fait du mal et dit avoir changé, ne plus être le sang pur hautain, monstrueux et méprisant d’avant, qui l’a humiliée sans une once de remords, elle ne peut tout simplement pas accepter l’idée qu’il puisse être amoureux d’elle. Pas comme elle l’aime en tout cas ; elle doute très fortement qu’il éprouve ce genre de sentiments pour elle… D’autant plus qu’il a dû les voir en quatrième année… Elle n’est pas sans savoir qu’un amour comme celui qu’elle porte au garçon est infiniment rare, a fortiori chez les adolescents, et qu’il a dû percevoir la pureté et la préciosité de son amour dans son esprit lorsqu’il a monté son plan machiavélique. Mais il a été monstrueux en ce que malgré cela, il a tout de même décidé de lui briser le cœur de la plus violente façon imaginable… Alors qu’il aurait simplement pu lui dire discrètement, à l’écart, que ses sentiments n’étaient pas réciproques. Pénélope sait qu’elle l’aurait mal vécu, mais certainement pas autant que l’Humiliation ; ce n’est même pas comparable. Et Loriân et elle n’auraient pas brutalement cessé de se parler depuis ; leur relation aurait évolué comme celle de deux camarades de Poudlard, deux simples connaissances. Mais avec des si on referait le monde, et si elle s’y prête volontiers dans ses rêves, Pénélope sait que ce n’est ni le moment ni l’endroit pour ce genre d’activités.

Le cœur battant, Pénélope reporte son attention sur Loriân, qui lui dit qu’il comprend. Il lui faut quelques secondes pour comprendre de quoi il parle : sa présence ici. Il s’excuse de l’avoir surprise, argue qu’il ne savait pas qu’elle était là. Bien sûr, il n’a rien à se reprocher, c’est elle qui n’avait rien à faire là… La jeune fille s’est rapprochée de lui en lui parlant, sans s’en rendre compte. Malgré elle, elle ressent le besoin, la nécessité d’être proche de Loriân physiquement lorsqu’elle le voit. En classe, elle ne peut s’empêcher de se placer pas trop loin de lui, refusant d’être située à l’opposé. Elle a trop envie de le regarder, ou plutôt de le contempler pour cela. Elle n’a jamais pu l’ignorer, et ne le pourra jamais, que ce soit à seize comme à quarante-cinq ans, et elle le sait. Loriân poursuit, lui dit qu’elle peut rester plus longtemps dans la salle de bain si elle en a envie, qu’il reviendra plus tard.

« Non, non ! » proteste immédiatement Pénélope en approchant de nouveau d’un pas.

Son regard bleu-vert ne quitte pas le gris de Loriân, dont elle connait par cœur toutes les nuances, fait qu’il ignore sans doute, ce qui vaut mieux. Elle réalise avec stupeur qu’ils sont tous proches à présent, à moins d’un mètre. Les gouttes d’eau continuent de couler sur ses épaules, le long de son visage et de son corps, et Pénélope sait qu’elle n’est pas dans une tenue appropriée pour discuter. Elle ne porte absolument rien en dessous de sa serviette de bain… Qu’elle ne tient d’ailleurs que d’une seule main, l’autre agrippant fermement la bouteille de gel douche qui elle, n’a pas glissé au sol. Les joues rouges, Pénélope baisse enfin les yeux, rompant le contact visuel.

« Ce n’est pas de ta faute… » lâche-t-elle d’une petite voix. « C’est moi qui n’ai rien à faire là. »

Son cœur s’est un peu calmé mais bat toujours vite dans sa poitrine. Loriân est la cause d’une tachycardie non programmée par sa seule présence… Pénélope se rappelle qu’elle doit respirer, et inspire en relevant les yeux vers le garçon. Aussitôt, toutes les paroles qu’elle avait en tête disparaissent de son esprit, meurent sur ses lèvres. Pourquoi faut-il qu’elle perde autant ses moyens en sa présence ? Heureusement, elle ne bafouille pas cette fois, sachant qu’elle se rendrait encore plus pathétique auprès de lui qu’elle ne l’est déjà. Aucune fille n’est assez stupide pour aller se doucher en dernier, se retrouver confrontée à la panne d’eau chaude et obligée ensuite de se rendre à l’étage des garçons en petite tenue… Beaucoup seraient volontaires pour cela, mais s’il y a bien une fille à qui cela ne viendrait pas un instant à l’idée, c’est bien elle.

Non sans difficultés, Pénélope finit par rassembler quelques pensées cohérentes, tandis que bleu-vert et gris s’accrochent encore. Elle ne se souvient pas avoir autant fixé Loriân par le passé… C’est sans doute la première fois qu’ils se regardent autant les yeux. Et bien que troublant, cette sensation est loin d’être désagréable à Pénélope… C’est même tout le contraire.

« Je… Je vais te laisser… » finit-elle par articuler, en avançant encore vers lui.

Là, ils sont tous près. Ciel, elle ne l’a pas vu arriver. Pénélope n’entend même plus les battements de son cœur tellement ils se sont faits forts et désordonnés. Immobile, incapable de bouger, elle relève la tête vers Loriân, se rend compte que son regard gris est tout proche, maintenant. Ses yeux descendent sur les lèvres masculines et elle mord une seconde la sienne, rêvant d’écraser ses propres lèvres sur celles de Loriân, d’en goûter à nouveau la saveur… Le baiser de Noël était trop fugace ; elle voudrait l’embrasser encore… Et un vrai baiser cette fois, long, ardent… Brûlant, comme l’amour fou qu’elle éprouve pour lui depuis leur rencontre, à onze ans, le soir de leur rentrée à Poudlard. Pénélope ne sait pas si c’est elle qui a chaud ou bien si la température de la salle de bain a brusquement augmenté pour atteindre des sommets, records jamais vus, mais son trouble est bien présent et elle ne songe plus vraiment à le cacher. Peut-être Loriân l’a-t-il vu, peut-être que non, qu’importe. Toute chose, plus mal à l’aise que jamais, la jeune fille avance encore, sans lâcher le regard de Loriân.

« Pardon… » lâche-t-elle dans un souffle, tout près de lui.

Son souffle se perd presque sur les lèvres de Loriân ; ils n’ont quasiment jamais été aussi proches… Une seule et unique fois auparavant, au bal de Noël, alors qu’ils dansaient ensemble. La fin de la danse était un moment ressemblant fort à celui-ci, à la différence que Pénélope a cédé à son impulsion en embrassant Loriân, unissant ses lèvres à celles du garçon en un délicieux baiser, une fois. Mais à présent, il lui faut tout le peu de maîtrise de soi qu’elle possède, pour résister, et simplement passer devant Loriân, qui lui bloque le passage jusqu’à la porte de la salle de bain. L’endroit est étroit, et bien que le garçon s’écarte, la jeune fille rougit, obligée de l’effleurer pour passer. Elle s’engage face à lui dans l’interstice, et le dos de sa main qui retient sa serviette de bain, au niveau de la poitrine, glisse contre le torse de Loriân en une douce caresse, qui rendent d’autant plus rouges les joues de Pénélope. Le garçon est tellement grand… Placée aussi près, elle se sent toute petite avec son mètre soixante-et-un, à côté de lui, qui doit mesurer un bon mètre quatre-vingt.

Pénélope soupire légèrement sans s’en rendre compte, alors qu’elle dépasse Loriân, s’avançant maintenant vers la porte qui lui fait face, le dos tourné au garçon. Son cœur bat toujours aussi vite. Elle se dit que c’est probablement la dernière fois qu’ils se parleront avant un long moment, voire la sortie de Poudlard. Et après elle tout le restant de leurs jours… Ils n’auront plus de raison de s’adresser la parole à nouveau ce soir était simplement une coïncidence. Les hypothétiques sentiments de Loriân disparaîtront… Pas les siens, mais elle aura perdu toute chance de savoir ce que Loriân ressent véritablement pour elle. Et ça, comme elle s’en rend brutalement compte, elle le refuse, ne le supporte pas. Réels ou non, elle a envie de savoir ce que Loriân éprouve vraiment pour elle. Elle ne veut surtout pas perdre une occasion vraiment unique de pouvoir discuter avec lui, à cœur ouvert, enfin. Avec cette fois, elle qui pose les questions… En espérant qu’il accepte d’y répondre. Elle n’en a aucune idée ; ils n’ont jamais eu de telle conversation avant. Mais qu’importe, elle veut lui parler. Hors de question que les choses se dégradent entre eux à nouveau, petit à petit, avec toujours ce statu quo sans fin… Pas cette fois. Il est temps d’arrêter de fuir, et d’affronter la tempête.

Cette fis, son cœur s’est remis à battre la chamade dans sa poitrine, comme revigoré, à l’image de la détermination nouvelle qui vient de l’envahir. La main sur la poignée de la porte qu’elle s’apprêtait à tourner, Pénélope la lâche soudainement, et se tourne vers Loriân, à quelques pas d’elle maintenant :

« Leroy ! » l’interpelle d’un coup, avant de rougir brusquement lorsqu’il la regarde.

« Je… Je me demandais… » commence-t-elle en bégayant, sa timidité reprenant le dessus, semblant éclipser loin son soudain courage de l’instant d’avant.

Elle abandonne finalement sa formule de phrase, décide de poser une question plus franche et directe :

« On… On pourrait discuter tous les deux ? »

Les mots sont sortis, s’envolent pour se dresser entre eux, impossibles à ignorer. Trop tard pour reculer, maintenant… Pour sans doute la première fois de sa vie, Pénélope ne fuit pas face à Loriân. Élan de courage qu’elle ne reconnait pas encore, mais qui pourtant émane bien d’elle. Son cœur semble avoir pris le dessus, évité la Raison qui la suit pourtant, impuissante, étouffée par l’amour trop fort de Pénélope pour Loriân, et surtout sa peur immense, déraisonnée, de ne plus jamais lui parler un jour. La jeune fille réalise qu’elle n’a rien précisé, et que sa question, posée comme elle l’est, dans ce cadre, parait pour le moins… Étrange.

« Je… Je veux dire… Quand on sera prêts tous les deux ! Pas maintenant ! » s’empresse-t-elle d’ajouter précipitamment, les joues en feu.

Chassez le naturel… Il revient au galop.

« On devrait… Parler... » fait-elle faiblement, se sentant plus ridicule que jamais.

Elle n’ose le regarder plus longtemps et baisse les yeux, gênée. Elle craint vraiment qu’il refuse, comme elle a refusé de l’écouter la veille, fuyant leur conversation en y mettant un terme prématuré. Loriân aurait d’ailleurs le droit de ne pas vouloir l’écouter après ce qu’elle lui a dit la veille, mais elle nourrit le secret espoir qu’ils pourront enfin s’expliquer tous les deux, parler à cœur ouvert. Lever enfin le voile sur les sentiments qu’ils éprouvent l’un envers l’autre, quels soient-ils, après tant d’années de trouble à ce sujet. Pénélope sait pour sa part qu’elle est folle amoureuse de Loriân, pour toujours et à jamais, et que rien ni personne ne pourra changer cela, à jamais. Elle relève les yeux vers lui, dans l’expectative, attendant sa réponse, le cœur tambourinant dans sa poitrine. Son regard bleu-vert accroche le gris si chéri, et elle ne peut cacher une légère lueur d’angoisse, à l’idée qu’il refuse et la rejette, encore une fois…


Spoiler:
 

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Pénoriân
« Always and forever »
With every kiss, our love is like brand new. And every star up in the sky was made for me and you. Still we both know that the road is long, we know that we will be together because our love is strong. I found the love of a lifetime. A love to last my whole life through... I found the love of a lifetime. Forever in my heart. I found the love. It's you, Loriân.
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Loriân de Louvière

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Localisation : dans les bras de Pénélope

MessageSujet: Re: « You're all I want, you're all I need, you're everything... » ღ [Loriân de Louvière]   Mar 11 Nov - 2:22

Lundi 29 septembre 2014, 23h12


[JOYEUX ANNIVERSAIRE, MON AMOUR :pen: :pen: ]

[Je ne suis pas hyper satisfaite de ce que j'ai écrit; s'il y a des choses que tu veux que je change, tu me dis ♥ j'espère que tu ne trouveras pas que Loriân fait trop son Caliméro ^^" ]

You're everything, you're all I need


Allongé sur son lit dans la chambre déserte, les yeux dans le vague, Loriân ne cesse pas de penser à Pénélope, comme elle a occupé son esprit tout au long de la journée. Comme souvent, il revient sur l’étrange histoire qui l’unit à Pénélope, cette histoire qui a commencé le 1er septembre 1971, lorsqu’ils se sont rencontrés pour la première fois. Échange fugace de regards, qui n’a duré qu’une seconde. Une seconde qui a scellé son avenir, sa vie tout entière. Le bleu-vert l’a atteint à l’âme, au cœur, au plus profond de lui, et ne l’a jamais quitté. Au fil des jours, des semaines et des mois, Pénélope a creusé son chemin en lui, sans qu’il s’en rende vraiment compte, sans qu’il comprenne vraiment d’où lui venait sa fascination pour la fillette aux cheveux blonds. Pénélope. Un prénom qui tournait en boucle dans ses pensées, au point que si on lui avait demandé quel était son prénom préféré, celui de la jeune fille serait sorti immédiatement, dans un réflexe impossible à retenir. Au fil des ans, il n’a pas cessé de la regarder, apprenant des dizaines de choses sur elle, sans réaliser qu’il n’aurait jamais dû en connaître le centième. Il avait l’impression que tout le monde en savait au moins autant que lui. En surface, il ne laissait rien transparaître de ses pensées, qu’il s’efforçait de rejeter avec constance. Pénélope est une sang-mêlée…mais cet argument n’a jamais eu la moindre influence sur lui. Ils ne se parlaient guère, simples élèves partageant la même classe, la même maison ; il se montrait hautain avec elle, sans aller très loin.

Tout a changé avec la quatrième année. Un souvenir toujours aussi fort pour tous les deux, il le sait ; il en a eu la preuve lors de leur discussion sur le pont mais aussi lors de la rencontre fortuite avec le père de Pénélope. Le regard de celui-ci était sans équivoque, glacé, presque semblable à celui d’Emmeran, signe qu’il se souvient parfaitement de ce que Loriân a fait à sa fille et qu’il n’est sans doute pas près de lui pardonner…s’il le fait jamais. Loriân revoit les souvenirs de ce moment. Quand il a compris quel amour elle lui portait…la peur, la panique même, a pris le dessus et l’a conduit à humilier Pénélope de la pire des manières possibles. Il lui a brisé le cœur, l’a réduit en miettes…consciemment, poussé par cet instinct qui lui commandait de prendre ses distances. Parce qu’il ne voulait pas perdre les illusions sur lesquelles il construisait sa vie, semblable à un château de cartes ; parce que l’amour de Pénélope remettait tout en cause. Humiliation qu’il regrette infiniment à présent, de même que son comportement dans les semaines qui ont suivi. Il n’a pas arrêté d’insulter Pénélope, s’acharnant sur elle dès qu’il en avait l’occasion, lui faisant remarque sur remarque, attaquant tout ce qu’il lui était possible d’attaquer : son physique, ses notes, ses parents, son sang, sa place à Poudlard… Et dans le même temps, inconsciemment, il était profondément jaloux dès qu’un garçon s’approchait un peu trop de Pénélope, lui tournait autour. Ce n’est pas pour rien qu’il répétait partout qu’elle était SA victime. À lui. Que personne d’autre n’avait le droit d’y toucher. Ce n’était pas seulement une volonté de tortionnaire de l’isoler ; c’était surtout et avant tout sa crainte de la voir avec un autre, de la voir s’éprendre d’un garçon qui n’était pas lui. Crainte maladive, qui le conduisait à détester n’importe quel garçon s’approchant un peu trop de Pénélope. Son antipathie pour Andrew n’a d’ailleurs pas disparu ; il n’ignore pas les sentiments du garçon envers son amie, mais il semble que Pénélope n’éprouve rien d’autre que de l’amitié à son égard. Loriân se rappelle le malaise qui l’envahissait chaque fois qu’il apercevait un autre élève près de Pénélope, l’envie brutale de le frapper qui naissait alors en lui, la nausée qui le prenait. Un malaise et une envie qui n’ont pas disparu, qu’il éprouve encore aujourd’hui, qui ont atteint un sommet en cinquième année, lorsque Pénélope est sortie quelques jours avec Sirius… Il ne supporte pas l’idée qu’un autre garçon puisse lui voler Pénélope ; c’est tout simplement intolérable.

Il n’en reste pas moins que son comportement de quatrième année a été purement odieux pendant quelques semaines. Odieux mais aussi révélateur de son amour ; sans compter sa jalousie maladive, qu’il ne reconnaissait pas, il ne pensait pas un mot de ce qu’il disait. C’était à la fois une façon détournée de se faire remarquer de Pénélope, d’attirer sans cesse son attention mais aussi une tentative pour détruire ses propres sentiments. Illusions là encore, il aurait dû comprendre qu’il était impossible de vaincre un amour aussi fort… Loriân a un vague sourire, désabusé, conscient que si d’autres avaient connaissance des raisons de son comportement, il apparaîtrait comme un garçon complètement dérangé. Manifester son amour en agissant de la façon la plus odieuse…on a connu plus romantique. Sans doute est-il un peu dérangé, handicapé par son incapacité à exprimer ses sentiments comme il le voudrait, prisonnier qu’il était aussi à l’époque de la peur qu’il éprouve encore envers son père. Mais rien ne peut justifier qu’il s’en soit ainsi pris à Pénélope… Elle est capable de voir le bon en chacun ; il a essayé de la briser. Les faits sont là ; il est le monstre qui a tout gâché entre eux, dressé une muraille pratiquement infranchissable, une muraille que près de deux ans plus tard ils ne parviennent pas à abattre, la conversation de la veille l’a prouvé. Elle continue de se dresser entre eux même s’il a changé.

Pénélope le sait-elle, qu’il a changé ? Loriân sait qu’il n’est pas facile à déchiffrer pour les autres. Il l’a voulu ainsi dans son enfance, pour se protéger des attaques du monde, pour verrouiller son cœur et ses sentiments, mais cela l’empêche à présent d’aller vers les autres, de s’ouvrir ; il ignore tout simplement comment faire, comment agir naturellement, comment ne pas donner l’impression que c’est encore son jeu d’acteur et non la réalité. La nécessité l’a contraint à devenir excellent comédien, pour mimer le fils qu’il devait être pour son père, pour mimer l’ami de Rabastan et de Bellatrix, pour jouer au sang-pur prétentieux et hautain, tout en éprouvant au fond de lui l’impression de vivre en perpétuel décalage avec le reste du monde, comme s’il n’était à sa place nulle part et qu’il devait entrer dans un moule qui n’avait pas été fait pour lui. Ce rôle de sang-pur odieux, c’est celui qu’il aurait dû porter toute sa vie dans d’autres circonstances ; c’est ce que son père attendait de lui, qu’il soit ainsi, que ce ne soit pas un simple rôle. Une barrière que Loriân a été incapable de franchir ; il n’a jamais pu se laisser couler dans le monde des sangs-purs en abandonnant derrière lui ce qu’il est vraiment. Leroy l’a protégé mais ne s’est pas débarrassé de Loriân enfoui en lui.

Au fond de lui, Loriân soupçonne Pénélope de ne pas être étrangère à son changement. Est-ce vraiment un hasard s’il est survenu l’été qui a suivi l’humiliation ? N’est-ce pas plutôt son cœur qui le poussait à rejoindre le monde de la jeune fille, qui lui montrait l’aberration de refuser un amour qui ne cessait de grandir en lui depuis quatre ans ? N’est-ce pas son cœur qui lui commandait d’abandonner ses illusions pour s’ouvrir aux vrais sentiments que lui offrait Pénélope et qui faisaient écho aux siens ? Sur le moment, le garçon n’a pas vu les choses ainsi ; il a surtout ouvert les yeux sur les sentiments de son père à son égard…mais ce manque d’amour ne lui est-il pas apparu justement parce qu’il avait vu le véritable amour en Pénélope ? Avec le recul, le garçon est de plus en plus convaincu que tout ce qui s’est passé entre la quatrième et la cinquième année découle de son attitude avec Pénélope. De son amour. Elle l’a sauvé, d’une certaine manière, sans qu’aucun d’eux le sache ou s’en rende compte sur le compte. Mais sait-elle qu’il a changé ? Il a peaufiné son masque de comédien pendant des années, au point de pouvoir imiter presque n’importe quel sentiment avec vraisemblance. La Légilimencie l’a aidé en celui en lui apprenant le langage du corps, ces petites postures, ces gestes qui trahissent les pensées bien plus que n’importe quel mot. Le garçon sait en jouer, sait placer chaque mouvement lorsqu’il se coule dans son rôle. Il a joué à être Leroy pendant des années. Comment être Loriân maintenant ? Comment le montrer à Pénélope ? Le garçon se moque de ce que les autres pensent de lui ; c’est surtout l’avis de Pénélope qui lui importe, c’est son regard qu’il veut croiser, sa confiance qu’il veut avoir, son amour si c’est possible… Mais elle doit le voir encore comme un monstre, comme un sang-pur dépourvu de cœur, manipulateur et égoïste, lâche puisqu’il lui a fallu deux ans pour oser revenir s’excuser de ce qu’il lui a fait subir. La liste de ses défauts s’allonge dans l’esprit de Loriân ; des défauts qui le séparent de Pénélope, qu’elle ne possède pas. N’est-ce pas vain alors de penser qu’un amour est possible entre eux ? Loriân se raidit, rejette la pensée de toutes ses forces. Il l’aime. Rien ne peut remettre cela en cause ; rien ne le pourra jamais. Il l’aime. Mais la question demeure.

Que pense vraiment Pénélope de lui ? Il aimerait bien le savoir mais il n’entend pas trahir la promesse faite de ne pas se servir de la Légilimencie conre elle. Se dit-elle qu’il se livre à une espèce de jeu vicieux, qui consisterait à se faire accepter dans le camp adverse pour pouvoir le trahir ensuite et démontrer qu’ils sont trop naïfs d’accorder leur confiance ? C’est encore ce que pensent la plupart des élèves de Poudlard à son sujet ; certains doutent encore de l’authenticité de sa cicatrice, puisqu’il n’a jamais répondu aux questions sur le sujet, inventant tout et n’importe quoi pour éviter de parler de ce qui s’est passé, retenu par la honte d’avouer ce qui est arrivé entre son père et lui. Il ne voulait pas se faire plaindre, attirer la pitié ou la compassion des autres… trop fier pour cela, mais cela s’est avéré un mauvais calcul. Les élèves ont fini par se lasser, ont pris le parti de l’ignorer, de faire comme s’il n’existait pas. De fait, il n’existe pas vraiment pour eux. Loriân se dit parfois que s’il disparaissait, personne ne s’en rendrait compte. Seuls les Serpentards détiennent une partie de la vérité, sont conscients de son changement de camp. Cela les amuse plus qu’autre chose. Ses anciens amis ne se privent pas de le bousculer dans les couloirs, de lui faire payer comme ils peuvent sa trahison. Il n’est plus personne pour la majorité des élèves mais il s’en moquerait si la seule qu’il aime pouvait le regarder, accepter qu’il est là et qu’il est fou d’elle…

Elle est la seule pour qui il veut vivre, la seule avec qui il se voit un avenir dans ses rêves ; quoi qu’il envisage, Pénélope est toujours là. Sinon, tout lui paraît noir, plongé dans une sorte de néant. Le reste lui importe peu ; il ne voit plus l’intérêt de se battre pour rien, seulement par fierté. Il est trop fatigué, trop seul pour cela. La seule chose qui lui permet de tenir encore, c’est l’espoir qu’un jour, il pourra être avec Pénélope, avoir une vraie relation avec elle, effacer en partie le passé pour avancer ensemble sur le même chemin. La discussion de la veille au soir a cependant malmené cet espoir. Pénélope lui a clairement dit qu’elle oublierait l’aveu de son amour, qu’elle ne reviendrait jamais sur cette conversation. Le garçon veut s’accrocher encore. Peut-être qu’une vraie discussion pourrait changer les choses entre eux ; encore faut-il que Pénélope accepte de lui parler encore et ne le repousse pas ; Loriân sait qu’il ne supporterait pas un rejet définitif de sa part… Une autre inquiétude s’ajoute aux autres. Si la conversation advient, que Pénélope l’écoute, que tout s’arrange entre eux… sera-t-il à la hauteur ? Il ne veut pas la décevoir encore…et il sait que c’est dans ce domaine qu’il est le plus doué.

Il n’a jamais été à la hauteur pour qui que ce soit, qu’il n’a fait que décevoir son entourage depuis son enfance, malgré tous ses efforts pour plaire et se faire aimer, au point qu’il a fini par se dire que quelque chose n’allait pas chez lui et qu’on ne pouvait pas l’aimer, que c’était impossible. Il n’a jamais été assez bien pour son père, qui n’a fait que le mépriser, qui l’a torturé quand il s’est opposé à lui. Il n’a jamais été assez bien pour sa mère, qui a fui loin de la réalité sans lui, en préférant s’inventer un autre Loriân, sans doute plus conforme à ce qu’elle voulait. Il ne les blâme pas vraiment ; c’est de sa faute…il y a sans doute quelque chose qu’il n’a pas su faire comme il fallait, quelque chose qui lui aurait assuré l’amour de ses parents mais à côté de quoi il est passé sans le savoir. Il a pourtant fait tout ce qu’il a pu pour se faire aimer, n’a jamais ménagé ses efforts… mais est restée l’impression, vivace et tenace, qu’il n’était qu’un encombrement pour ses parents, un enfant peut-être pas né par erreur ni ramassé sur le bord du chemin mais là parce qu’il en fallait bien un pour assurer la pérennité de la famille mais dont on se serait bien passé au final. Il n’a jamais été à la hauteur des espérances de ses parents, il n’a jamais assez bien fait pour être aimé…mais peut-il l’être pour Pénélope ? Peut-il être digne d’elle ? Peut-il mériter d’être proche d’elle… son amitié, à défaut de son amour ? N’importe quoi qui lui permette de parler normalement à la jeune fille. Mais Loriân sait déjà que cette éventualité serait la pire de toute : l’amitié de Pénélope lui ferait plus de mal que de bien. Elle le tuerait. Il l’aime trop pour se contenter de cela, de n’être qu’un ami et rien d’autre. Bien sûr, si c’est ce qu’elle souhaite, il s’y pliera. Mais il finira par s’éloigner, trop peu certain de parvenir à endurer cette souffrance perpétuelle d’être simplement un ami. Le pire de tout serait de voir Pénélope s’éprendre d’un autre, se fiancer avec cet autre, se marier et vivre heureuse avec lui… Loriân ne lui en voudrait pas ; il comprend qu’elle puisse aimer un autre, qu’elle se détourne définitivement de lui. Simplement, il ne le supporterait pas et il s’effacerait aussi. Sa vie n’aurait aucun sens, ne vaudrait pas la peine d’être vécue.

Étendu sur son lit, Loriân ne bouge pas ; il se sent glacé, étrangement loin du monde. Une grosse boule noue sa gorge et il lutte contre lui-même pour retenir ses larmes. Adonis risque de revenir d’un instant à l’autre et il ne veut pas qu’il le voie dans cet état ; il n’a aucune envie de lui expliquer pourquoi il se sent aussi mal, pourquoi il est désespéré depuis la veille. Seule une discussion avec Pénélope pourrait améliorer son état…ou le dégrader. Loriân espère qu’il pourra la croiser assez rapidement à Poudlard, lui demander une discussion, juste une. Il ne peut rien espérer ou demander de plus à la jeune fille vu l’état actuel de leurs relations.

Il n’entend plus de bruit à l’étage, signe que tous les garçons ont dû rejoindre leurs chambres. C’est l’heure du couvre-feu, le moment donc idéal pour lui d’aller prendre sa douche tranquillement, sans être dérangé par les autres. Dans son humeur, il risquerait de les rabrouer et il n’a aucune envie de déclencher une dispute ; il sent qu’il serait capable de fondre en larmes devant les autres. Une douche chaude ne peut que lui faire du bien, pour l’aider à se calmer, à se détendre un peu, au moins quelques instants, avant que le courant tumultueux de ses pensées le happe de nouveau. Dans un état second, toujours un peu détaché, Loriân attrape ses affaires de toilettes et remonte le couloir en direction de la salle de bains. Lorsqu’il franchit le seuil, la vapeur d’eau chaude lui saute au visage, de même que le parfum d’un gel douche qui n’est d’ordinaire pas utilisé par les garçons ; du moins Loriân n’en connaît guère qui se parfument à la rose. Mais toute pensée disparaît de l’esprit du garçon lorsqu’il aperçoit Pénélope debout à quelques mètres de lui. En serviette. Ses longs cheveux blonds cascadent sur ses épaules, coulent dans son dos. Le cœur de Loriân se met à battre à toute allure tandis que sa propre bouteille de gel douche lui échappe et tombe au sol. Il pensait trouver la salle de bain vide, n’aurait jamais songé qu’il y croiserait Pénélope alors que son esprit est tout empli d’elle. La jeune fille partage sa surprise, laisse glisser un peu sa serviette. Le regard de Loriân s’attache immédiatement sur le sein qui se dévoile, presque jusqu’au mamelon. Une chaleur, qui n’a rien à voir avec celle de la salle de bains, l’envahit tout entier, lui fait monter le rouge aux joues ; il a vraiment très chaud d’un coup, est obligé de réfréner l’envie qu’il a de toucher le sein généreux. Il détourne le regard, gêné, tandis que Pénélope rajuste sa serviette. Cependant, ses yeux reviennent glisser sur la poitrine de la jeune fille malgré lui. La gorge sèche, le garçon déglutit. Il est tout aussi conscient de ce qui se passe au même instant dans son pantalon, au niveau de son bas-ventre où la chaleur se fait plus nettement sentir que partout ailleurs. Heureusement qu’il tient sa serviette devant lui et que cela lui permet de dissimuler l’activité qui se déroule à ce niveau. Inutile que Pénélope aperçoive la bosse qui déforme légèrement son pantalon, sous le coup de l’érection qu’elle vient de lui donner. En lui-même, le garçon regrette que la serviette n’ait pas glissé davantage, dévoilant encore plus la poitrine de la jeune fille, ses seins ronds et fermes… Le feu aux joues, espérant que cela ne se remarque pas trop, Loriân essaie désespérément de reprendre un minimum le contrôle de ses pensées. C’est peine perdue pour le moment ; c’est plutôt son bas-ventre qui semble aux commandes. Pénélope s’excuse de sa présence ici et le garçon comprend à peine le sens de ses paroles ; son regard doit être un peu vide lorsqu’il se pose sur elle. Il croise le bleu-vert de Pénélope qu’il aime tant, essaie de ne pas manifester le trouble qui l’habite. Elle ne doit pas deviner le cours de ses pensées…et il se réjouit soudain qu’elle ne soit pas Légilimens. Il reste figé, encore incapable de dire quoi que ce soit ; les quelques secondes qui viennent de se passer lui paraissent à la fois très longues et très courtes, comme si le temps s’était soudain distordu et jouait au yoyo. Son esprit ne l’aide pas à se calmer, puisqu’il commence à se demander ce qu’il se serait passé s’il était arrivé seulement quelques minutes plus tôt, alors que Pénélope était encore sous la douche. Non. Il ne peut pas penser à ça, pas maintenant, pas alors qu’elle est devant lui ; c’est le domaine de ses rêves, la nuit, de ces moments où il est seul et où il peut laisser ses pensées errer dans des directions inavouables.

Pénélope semble aussi troublée que lui et c’est presque un soulagement pour le garçon. Peut-être cela l’empêchera-t-il de remarquer à quel point il est lui-même perturbé par cette rencontre inattendue. La température ambiante ne semble pas vouloir diminuer. Pénélope ne le quitte pas du regard, et Loriân essaie de revenir à des pensées plus rationnelles, la première étant de comprendre pourquoi la jeune fille se trouve ici et non à l’étage des filles. Était-elle à ce niveau et a-t-elle pensé préférable de prendre sa douche avant de redescendre, pour ne pas risquer d’attirer l’attention ? Le cœur de Loriân s’immobilise un instant tandis qu’il perçoit les raisons d’un tel choix. Pénélope dans la chambre d’un autre garçon… L’image de Sirius lui vient immédiatement ; Pénélope est sortie avec lui au cours de l’année précédente, quelques jours à peine, mais qui ont été une véritable torture pour Loriân. Voudrait-elle se remettre avec lui à présent ? Pour oublier la discussion de la veille et commencer une relation amoureuse sans problème, sans question ? Son cœur se tord davantage encore dans sa poitrine. Comment savoir si c’est le cas ? Sirius ne semble pas l’avoir accompagnée mais il peut l’avoir laissée finir seule tandis qu’il retournait dans sa chambre. Loriân ne sait plus quoi penser, et il ne peut qu’espérer que ce sont d’autres circonstances qui ont amené Pénélope à prendre sa douche dans la salle de bains des garçons, même si, obnubilé comme il l’est par Sirius, il a du mal à envisager une autre hypothèse.

Loriân se dit que le hasard ou le destin semble jouer un drôle de jeu avec lui et Pénélope. Elle le rejette la veille au soir, passe la journée à l’éviter tandis que lui réfléchit à toutes les occasions possibles de la croiser. Et à présent qu’il se résignait à attendre leur retour à Poudlard, où ils se voient tous les jours puisqu’ils sont dans la même maison, voilà qu’il se trouve face à la jeune fille et incapable de lui dire quoi que ce soit. Toutes les phrases auxquelles il pensait plus tôt dans la journée semblent s’être envolées. Elles n’étaient pas terribles, mais c’était au moins quelque chose à dire, tandis que maintenant…il ne peut que dissimuler son embarras et prier Merlin ou Morgane d’arriver à dire quelque chose qui n’accentuera pas encore le malaise grandement perceptible entre eux, malaise accentué par leur conversation de la veille au soir. Les mots de Pénélope sont toujours gravés en Loriân et il sait qu’il ne les oubliera pas de sitôt. Elle pense qu’il ne l’aime pas, qu’il se trompe de sentiments. S’il est toujours un monstre pour elle, le pense-t-elle seulement capable d’éprouver un quelconque sentiment amoureux ? Il n’en sait rien. Pense-t-elle qu’il tente de jouer encore avec elle, qu’il essaie encore de la briser pour achever ce qu’il a commencé il y a deux ans ? Il ne l’espère pas. Mais cela explique son rejet ; elle refuse d’être blessée de la même façon une deuxième fois et c’est normal ; malgré le passage du temps, la blessure est toujours vive. Le garçon ignore ce qu’il pourrait faire pour la convaincre de sa sincérité, pour lui prouver qu’il n’est plus le même garçon, maintenant qu’elle lui a dit qu’elle ne tenait plus à l’entendre.

Elle l’a rejeté comme lui-même l’a fait deux ans plus tôt. Certes, elle ne l’a pas humilié ; ils étaient seuls tous les deux sur le pont…mais il n’en demeure pas moins qu’elle a ouvert une plaie béante dans son cœur, une blessure qui saigne depuis une journée et qui ne se refermera pas avant longtemps, si tant est qu’elle puisse cicatriser un jour. Loriân en doute ; si Pénélope le repousse définitivement, la plaie ne guérira jamais. Et il ne lui laissera de toute façon pas de temps pour ça. Il reste planté dans l’entrée de la salle de bains, repensant à la discussion de la veille, au malaise, au désespoir qui ne l’ont pas quitté depuis. Rien de ce qu’ils ont pu faire dans la journée ne lui a changé les idées ; à cet instant, Loriân aurait bien de la peine à se rappeler ce qu’ils ont visité. Pénélope a occupé ses pensées toute la journée, présente à chaque instant, à chaque seconde, tandis qu’il l’imaginait en train de discuter avec ses amis… Il est heureux qu’ils soient présents pour elle ; la conversation les a perturbés tous les deux et il souffre assez de sa solitude pour être content que Pénélope soit entourée. Il ne sait pas trop quelle tête il lui offre à présent, entre sa pâleur, les cernes laissées par une nuit blanche, la fatigue de la journée ; les larmes versées un peu plus tôt ne doivent plus se voir mais le garçon sait qu’il n’a pas bonne mine. Comment en serait-il autrement d’ailleurs ? Son manque de réaction doit perturber Pénélope ; d’ordinaire, il est plus prompt à réagir mais, pour une fois, il n’en est pas vraiment capable. La question de savoir ce qu’elle faisait à cet étage avant d’aller prendre sa douche le dérange toujours. Si elle est avec Sirius… Mais non. Non. Il refuse de l’envisager, de croire que ça peut être possible. Il refuse cet ultime coup de poignard. Pas maintenant. Il n’y survivrait pas.

Pourtant, Pénélope a parfaitement le droit de sortir avec un autre garçon, il en est bien conscient. Comment pourrait-elle croire qu’il est tombé amoureux d’elle après ce qu’il lui a fait ? Il a été au mieux odieux, au pire cinglé en l’aimant tout en ayant l’air de la détester aux yeux de tous. Ce côté instable de son caractère ne plaide évidemment pas pour lui. Comment penser qu’un garçon sain d’esprit et véritablement aimant aurait pu l’humilier comme il l’a fait ? Il n’a pas de justification ni d’excuses, mais il aimerait pouvoir lui expliquer ce qu’il ressent pour elle et qu’il a dissimulé, à lui et aux autres, pendant des années. Reste à savoir si Pénélope le croira, si cela n’achèvera pas de la convaincre qu’il est vraiment dérangé. Si seulement il avait pu reconnaître et accepter ses sentiments deux ans plus tôt, s’il n’avait pas paniqué et fui comme un lâche… Mais inutile de revenir encore et toujours sur le passé, il n’a pas la possibilité de le changer, d’effacer son comportement. Il lui faut vivre avec cela à présent. Et essayer d’effacer le souvenir de sa fausse déclaration d’amour pour laisser la place à une vraie, celle qu’il a déjà tenté de lui faire la veille. Le soin qu’il a mis dans celle de quatrième année lui complique la tâche ; il a utilisé exprès une petite partie de ce qu’il savait sur elle pour donner une apparence plus crédible à ses paroles. Mais il ne l’a pas espionnée pour cela ; il savait déjà ces informations depuis des mois, comme tant d’autres. Le nom du hibou de la jeune fille, la taille et la composition de sa baguette… Tous ces petits détails, collectés comme autant de pierres précieuses, comme un trésor qu’il amassait dans son cœur jour après jour et sur lequel il veillait jalousement. Un trésor qui lui donnait l’impression d’être proche de Pénélope, d’entrer un peu dans sa vie, de la connaître alors qu’ils ne se parlaient guère. Un trésor qui a continué à grossir même après l’humiliation et qu’il garde toujours précieusement. Un trésor qui ne doit avoir de sens que pour lui. Pénélope ne comprendrait sans doute pas qu’il sache tout cela, alors qu’il lui a brisé le cœur en toute connaissance de cause, sachant le mal qu’il lui causerait en l’humiliant ainsi devant tout le monde. La peur de cet amour absolu, inconditionnel, si fort et si puissant, la peur de ses sentiments l’ont conduit à agir plus violemment qu’il ne l’avait jamais fait, au lieu d’expliquer discrètement à la jeune fille qu’elle perdait son temps à l’aimer.

Loriân essaie tant bien que mal de poursuivre la conversation avec Pénélope dans le présent, tandis que ses pensées et ses sentiments tourbillonnent en lui. Il sent que c’est une occasion unique de parler à la jeune fille, qu’il ne doit surtout pas la laisser passer. C’est peut-être sa dernière chance qu’elle l’écoute, qu’elle lui prête attention. Mais il ne parvient à dire que des platitudes en précisant qu’il ignorait sa présence dans la pièce. Pénélope se rapproche de lui, et la température augmente de nouveau. Elle est si belle… Le garçon s’efforce de garder un pied dans la réalité en disant qu’il reviendra plus tard. Pénélope proteste immédiatement, se rapproche encore. Loriân ne la quitte pas des yeux, leurs regard se croisent, comme hypnotisés l’un par l’autre. Il aime tellement les nuances de son bleu-vert, ce regard si particulier, unique… Il pourrait s’y noyer pendant des heures. Elle est toute proche de lui à présent ; Loriân s’assure qu’il n’a pas décalé sa serviette dans un mouvement malencontreux. Fasciné, ses yeux glissent sur les gouttes d’eau qui brillent sur sa peau et la mettent en valeur, suivent leur tracé sur le visage et les épaules de la jeune fille, sur sa peau nue qu’il caresse dans ses rêves et qu’il aimerait tant toucher pour de vrai. Pénélope précise qu’elle n’a rien à faire là ; Loriân sursaute légèrement, perdu qu’il était dans sa contemplation.

— Ce n’est pas grave, fait-il, un peu au hasard. Il…il y avait trop de monde en bas ?

Question un peu hésitante, façon détournée de savoir pourquoi elle se trouve là en cachant ses vraies craintes. Bien sûr, elle peut lui mentir, sauter sur ce prétexte pour justifier sa présence ici. Le verra-t-il ? Il l’espère ; il souhaite aussi qu’elle ne lui mente pas. Le silence retombe entre eux ; ils semblent toujours incapables de mener une véritable conversation suivie, comme s’ils marchaient sur des œufs et risquaient de chuter à chaque instant. Loriân est responsable de cette situation entre eux, il en est bien conscient, mais il aimerait tellement que cela cesse, qu’ils arrivent à se parler naturellement, sans encombre… Mais ces silences prolongent le temps qu’ils passent ensemble, lui permettent de contempler Pénélope. Il ne parvient pas à détourner son regard d’elle, même s’il se doute que l’attention qu’il lui porte doit être gênante ; elle est en serviette tandis qu’il est encore pleinement habillé.

Elle lui dit qu’elle va le laisser. Le garçon a un léger mouvement de protestation. Il ne veut pas qu’elle parte ! Il retient de justesse le « non » qu’il allait dire. Nul doute que Pénélope n’aurait pas compris son attitude. Puis il prend brutalement conscience de leur proximité, elle est juste devant lui ; son cœur accélère brutalement, si fort que Loriân a l’impression qu’il résonne dans toute la pièce. Cela fait longtemps qu’il n’a pas eu l’occasion de la regarder de si près. Il n’aurait qu’à tendre un peu la main pour plonger ses doigts dans les cheveux si beaux, qu’à se pencher un peu pour embrasser les lèvres pulpeuses, longuement, passionnément, comme il le fait dans ses rêves ; il aimerait tant en sentir le goût sur les siennes ; il lui faudrait bouger à peine plus pour enlacer Pénélope, l’attirer contre lui… Le garçon bat soudain des paupières, comme s’il s’éveillait d’un songe, juste à temps pour ne pas passer à l’acte. Il a bougé légèrement en direction de Pénélope, a encore réduit la distance entre eux. Son trouble est à son comble. Elle est si proche… Il pourrait l’embrasser, céder à sa folle impulsion, à son envie. Juste une fois. Une seule et unique fois pour graver en lui la saveur des lèvres de la jeune fille. Est-ce si fou que cela ? Lui en voudrait-elle de lui voler un baiser ? Son trouble est à son comble et il est en train de se décider pour le baiser lorsque Pénélope fait « pardon ». Elle est tout proche, mais le garçon réalise soudain qu’il lui bloque le passage, puisqu’il se trouve toujours devant la porte de l’entrée. Pénélope veut sortir comme elle l’a annoncé ; elle cherche snas doute à le fuir le plus vite possible, regagner sa chambre et l’éviter pour de bon.

— Je… excuse-moi…

Mais il ne se décale pas immédiatement. Elle est tellement proche. Comme au bal de Noël, lorsqu’ils ont dansé quelques instants ensemble et qu’elle l’a embrassé, une seconde à peine, avant de fuir la Grande Salle. La chaleur est toujours aussi forte ; les lèvres de Pénélope exercent un attrait irrésistible sur lui. La jeune fille bouge un peu et le garçon s’écarte machinalement, quelques centimètres à peine, rechignant à s’éloigner davantage d’elle. Il faut qu’il lui dise quelque chose, qu’il lui parle, mais aucun mot ne lui vient. Le garçon retient brutalement son souffle lorsque Pénélope se glisse face à lui pour sortir de la salle de bain et que sa main effleure son torse. Il inspire le parfum de la jeune fille, frémit sous la caresse de sa main, tandis que son cœur semble vouloir bondir en-dehors de sa poitrine. Il a les joues en feu et le thermomètre a l’air sur le point d’exploser. Son cerveau tente bien de lui faire comprendre que Pénélope va partir, qu’il faut qu’il la retienne, mais il reste toujours muet, subjugué par la jeune fille, incapable de penser rationnellement. Il pivote pour la suivre du regard tandis qu’elle s’avance vers la porte. Il doit faire quelque chose, mais quoi ? Lui dire qu’il veut lui parler… Acceptera-t-elle une autre conversation avec lui, sachant comment s’est déroulée la première ? Fuira-t-elle d’autant plus vite ? Mais il ne peut pas laisser l’occasion lui échapper, il n’attendait que cela…

Il fait un pas vers elle, indécis. Son prénom se forme sur ses lèvres tandis que Pénélope pose la main sur la poignée de la porte. Mais il n’a pas le temps de parler qu’elle se tourne brutalement vers lui et l’appelle par son surnom.

— Oui ? fait-il aussitôt, le cœur battant la chamade.

Pénélope hésite à parler ; il se demande ce qu’elle veut lui dire. Quelque chose en lien avec leur conversation précédente ? Elle commence une phrase, change de formulation. Loriân se demande une seconde s’il a bien entendu. Pénélope lui propose de discuter.  Qu’ils parlent de nouveau, tous les deux. C’est inattendu, inespéré ; il n’aurait pas pensé qu’elle ferait une telle proposition d’elle-même. Pénélope s’empresse de préciser que ce sera un peu plus tard, une fois qu’ils seront douchés et rhabillés tous les deux. Loriân dit oui à tout, du moment qu’au bout il y a la conversation tant souhaitée. Elle veut qu’ils parlent…

Il répond immédiatement :

— Oui ! J’avais la même idée… Je pense que… ça peut être une bonne chose, et je pourrai t’expliquer…

Lui expliquer ce qu’elle veut, ce qu’elle a besoin de comprendre, de savoir pour le croire. Quoi qu’elle lui demande, il répondra. Elle est la seule à qui il fait confiance, à qui il a envie de parler. Il espère qu’elle le croira, qu’il parviendra à la convaincre de la sincérité de ses sentiments ; c’est le plus important.

— On…on pourrait se retrouver dans ma chambre ? propose-t-il, spontanément, avant de s’interrompre net, espérant que Pénélope n’interprétera pas mal ses paroles.

— Il n’y a personne, précise-t-il aussitôt, avant de réaliser que cela l'enfonce davantage. Ce sera plus pratique…pour discuter. Sauf si tu préfères un autre endroit, comme tu veux !

Entre hésitation et articulation trop rapide, les mots se bousculent sur ses lèvres. Mais il ne veut pas créer de nouveaux malentendus entre Pénélope et lui. Il veut s’expliquer avec elle, qu’ils parlent vraiment, qu’ils disent tout ce qu’il y a à dire au lieu de se fuir sans cesse. L’espoir grandit en lui ; l’avenir ne lui paraît d’un coup plus aussi sombre. S’il parvient à expliquer ses véritables sentiments… s’il arrive à convaincre Pénélope de l’amour fou qu’il éprouve pour elle… Non, il faut qu’il se calme ; la conversation peut mal tourner comme la veille ; Pénélope peut le fuir pour de bon. Mais il repousse l’éventualité, il a trop envie d’y croire…

— Dans vingt minutes ? Le temps que…,
fait-il en désignant la douche. Ou plus tard… je t’attendrai.

Impossible de cacher son trouble, son impatience, son espoir brutal. Le destin lui offre une occasion unique, inespérée ; il ne la laissera pas échapper.

_________________
And how can I stand here with you
And not be moved by you
Would you tell me how could it be
Any better than this

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You're all I want
You're all I need
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« You're all I want, you're all I need, you're everything... » ღ [Loriân de Louvière]
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